lundi 11 juin 2007
Sujet : Que vaut l’opposition du travail manuel et du travail intellectuel ?
Rousseau a écrit que l’Homme, à l’état de nature n’est autre qu’un « animal stupide et borné », agissant uniquement pour son mieux être personnel. Puis l’Homme a été « dénaturalisé » et humanisé par son entrée en société. Il a appris à intégrer un groupe, joindre ses efforts à ceux des autres dans un but commun : celui de vivre au mieux. Et l’on put assister, comme on le peut encore de nos jours, à l’alacrité avec laquelle les Hommes s’accordèrent. Cette société d’égalité des chances, de liberté, certains la pensèrent, d’autres la façonnèrent par la sueur de leur front. Et dans ce combat naissait la notion de travil. Travail intellectuel réservé aux « maîtres » comme l’affirmait Aristote ? Travail manuel, donne des esclaves athéniens ? La distinction longtemps entretenue entre « travail intellectuel » et « travail manuel » ne peut-elle pas avec le temps et le progrès laisser place à une relation d’interdépendance ?
Dans un premier temps, nous étudierons les facteurs visant à la disjonction entre ces deux notions. Dans un second temps, nous constaterons cependant que le travail intellectuel est souvent à même de rejoindre le travail manuel et vice-versa. Enfin, nous achèverons sur le fait que, tel qu’il soit, le travail sait être libérateur et affirmation de soi.
La société athénienne du V ème siècle avant Jésus-Christ, première démocratie, est particulièrement définitoire d’une opposition entre travail manuel et travail intellectuel. Commençons par le travail manuel, Aristote le disait réservé aux esclaves car il le trouvait éreintant et dégradant. A contrario, le travail intellectuel, travail de l’esprit, n’était accordé qu’aux maîtres, libérés de toute tâche manuelle, ils exerçaient à loisir leurs pensées philosophiques à l’Agora ou autres places publiques. Plus qu’une distinction entre deux termes, à savoir « travail manuel » et « travail intellectuel », c’était un combat entre deux classes, le « classe dominante », les « maîtres », et la « classe dominée », les « esclaves ». l’opposition était palpable.
Mais se référer au V ème siècle est remonter bien loin pour cette tension. L’on pourrait croire que cette vision binaire du travail aurait évolué avec le temps, après tout, nous sommes bien passés du commerce d’Hommes au commerce d’informations ! La vision communiste telle que l’avait Marx et Engels nous montre que non, le travail manuel était bien à opposer au travail intellectuel, et toujours ce conflit de classes… En parlant du prolétariat, Marx s’écriait « La liberté commence là où le travail [manuel] prend fin ! ». Ceci pendant que la classe dominante se régalait de petits plaisirs intellectuels tout en entretenant leur « luxe bourgeois ».
Les témoignages historiques sont donc en accord sur cette opposition entre « travail manuel » et « travail intellectuel ». Mais ce n’est pas tout. Assez paradoxalement, il se trouve que le progrès technique s’engagea aussi dans cette direction. Années 1950, le progrès de la technique, l’amélioration des machines sont saisissants. L’industrie automobile est bien engrenée. Dans ces conditions naissait le Taylorisme, réduisant ainsi l’Homme à n’être que le maillon d’une chaîne. Répétant inlassablement les mêmes gestes mécaniques, le travailleur devenait oublieux de sa propre personne. Travail manuel en usine égal à perte d’identité ? Pourtant avant d’être réalisée manuellement, cette « machinerie » avait bien dû être pensée, donc découlerait d’un travail intellectuel…
Il semblerait donc bien que l’opposition entre travail manuel et travail intellectuel ait un poids. « A quoi bon les poètes » lorsque d’autres Hommes montent des immeubles ? Mais cela serait une vision bien simpliste que d’oublier que l’un va difficilement sans l’autre. Quelle corrélation peut s’installer entre travail manuel et travail intellectuel ?
« La différence entre le plus mauvais des architectes et la meilleurs des abeilles est que, chez l’architecte, la moindre cellule est d’abord née dans son esprit. »
Le projet est, à n’en point douter, ce qui vient instinctivement à l’esprit lorsque l’on cherche à rapprocher le travail manuel au travail intellectuel. En effet, chaque projet, chaque atome d’un projet est pensé avant d’être concrétisé. On pourrait prendre bien des cas, comme celui de cet architecte, de cet ingénieur, de ces mathématiciens, qui calculent, simulent avant de mettre en place, ou de faire mettre en place. La relation entre le travailleur intellectuel (celui qui pense le projet) et le travailleur manuel (celui qui concrétise le projet) est du domaine de l’association donc de l’interdépendance, l’un ne va pas sans l’autre.
De même dans l’autre sens, le travail manuel implique aussi le travail intellectuel. Résumer le progrès au Taylorisme serait bien réducteur une fois de plus. En effet, c’est de l’observation des conditions de travail qu’est née la technique et son amélioration. Outre les écarts du Taylorisme, la constatation d’un travail manuel difficile supposera un travail intellectuel à effectuer afin de palier à ces déviances. Le travail manuel et intellectuel forment une véritable chaîne et, pour la comparaison, tout comme les roues d’un tank, leur permet d’avancer. Le progrès passe par la correction des imperfections.
Et l’on pourrait aller encore plus loin dans la relation d’interdépendance entre travail manuel et travail intellectuel en affirmant qu’ils peuvent cohabiter et vivre en parfaite osmose. Pour cela un domaine : celui de l’Art. Ou, quand le travail devient art. L’artisan tenait un rôle important les siècles passés, on pourra notamment penser au XIII ème siècle, le Moyen-âge, ses cavaleries et les fabricants d’épées. Soit la pensée de l’objet et sa concrétisation du début à la fin. Mais il est vrai que de nos jours, l’on ne se bat plus à l’épée et que la dernière mode n’inclut plus la dague à la ceinture. L’artisanat n’a, certes pas disparu, mais il a été largement remplacé par l’industrie de masse, plus rentable. Et pourtant, l’artisan est le parfait modèle du travailleur intellectuel et manuel à la fois. En ce sens, les pays en regain du progrès ont mieux conservé l’art du « travail double » que les pays plus industrialisés.
Mais par Art, il faut aussi entendre « artiste ». L’artiste lui, est « en vogue », il pense et il crée. Il est ce « travailleur double », cette passerelle entre le travail manuel et le travailleur intellectuel. Il l’illustre aujourd’hui et l’illustrera toujours. On a besoin de l’artiste, ce peintre pensant un paysage et le mettant en couleur, cet auteur pensant une pièce et la faisant jouer. Il est universel et avec lui l’interdépendance, la corrélation entre travail manuel et intellectuel.
En résumé, l’opposition entre travail manuel et travail intellectuel peut facilement être dépassée. Des illustrations historiques l’on passe à la fougue de l’artiste où le travail manuel et le travail intellectuel vivent en parfaite osmose. Qu’apporte ce dépassement à l’individu en tant que tel ?
« L’opprimé se libère par son travail » écrivait Sartre. Sous cette hypothèse, le travail serait donc libérateur, une porte sur la liberté. Illustrons ces dires.
Revenons-en à Aristote et son « esclavagisme », avançons dans le temps grâce à Rousseau « L’Homme est né libre et partout il est dans les fers ». Ainsi par le travail, l’esclave pourra se libérer. De même qu’au XVIII ème siècle, par leur travail intellectuel, ceux que l’on appelle joyeusement les « philosophes des Lumières » ont lutté contre l’Obscurantisme. Travail intellectuel vu comme libérateur de théories infondées (dogmes religieux). Le travail quel qu’il soit est donc libérateur dans le sens où il est contre l’oppression (idem pour les grèves assez paradoxalement). De plus, on notera que le travail rémunéré offre la possibilité des loisirs, donc de choix.
Et le travail est aussi affirmation de soi. Reprenons notre artiste en vogue. Il ne se soucie pas. « Le beau est toujours surprenant » disait Baudelaire. Alors l’artiste avance, à travers ses œuvres c’est lui que l’on découvre. Il se livre à nous, il se donne à son travail qui n’en parait plus un par son absence de contrainte. Quoi de comparable au plaisir de l’écrivain, du peintre, du sculpteur signant leurs œuvres ? Chaque œuvre est personnelle, l’œuvre est l’artiste, le travail est rendu sien. Le gain de rapprocher « travail manuel » et « travail intellectuel » est que l’on y gagne l’affirmation de soi, de son identité, de la preuve de son existence.
En conclusion, l’opposition du travail manuel et du travail intellectuel ne vaut que lorsque la liberté de l’individu est aliénée. Les prémices de la société actuelle (régime démocratique) supposant la liberté et l’égalité entre les Hommes, le travail manuel et intellectuel sont en réalité à associer. Comme le disait Jouvenelle, le travail, quel qu’il soit doit avant tout être vu comme libérateur et affirmation de soi.
Appréciation du correcteur : 19/20 « Excellent travail ! Je vous félicite. Petit bémol : citez vos références précisément. »
Voilà, alors, si cela peut vous aider pour vos dissertations...
BAC: La philo ... Série scientifique coefficient 3
- Le désir peut-il se satisfaire de la réalité?
- Que vaut l'opposition du travail manuel et du travail intellectuel?
- Expliquer un texte de Hume extrait d'"Enquête sur les principes de la morale" sur le thème de la justice.
BILAN de la matinée: Fait en trois heures. Fort agréable. J'attends la suite.
lundi 22 janvier 2007
Dissertation, plan détaillé: "Suis-je responsable de ce dont je n'ai pas conscience?"

Sujet : Suis-je responsable de ce dont je n’ai pas conscience ? Introduction Sans même avoir lu Leibniz et son très-connu « Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes », c’est en Grèce, dans un paysage idyllique, que l’humanité fut soudain gagnée par un vent de liberté et un projet dont le mode d’emploi reste incertain, encore de nos jours dans quelques lieux égarés. Elle entreprit avec alacrité de faire d’un pays plié sous le joug du Démos (l’Aristocratie), un pays où les individus seraient alors reconnus comme « sujets de droits », où les citoyens adhéreraient à un même idéal, animés par l’éthique de la responsabilité (thèse reprise récemment par Pierre-André Taguieff). Ainsi, selon les historiens, le concept de Responsabilité, fruit d'une évolution dont on pourrait situer le berceau à Athènes, au Vème siècle avant Jésus-Christ, serait en étroite corrélation avec l'avènement de la démocratie. L’apparition de ce concept n’est pas sans relation avec la vague de questionnement qui prit son essor à la même époque avec Socrate. A mesure qu’il prenait pleinement conscience de sa nature humaine, l’homme chercha à évaluer sa responsabilité à l’égard des différents systèmes sociaux, juridiques, médicaux où son esprit retentissait avec éclat. Puis, beaucoup plus tard, grâce à la notion que Freud baptisa « l’inconscient », il étendit son domaine d’interprétation et s’interrogera, à savoir : Puis-je être tenu pour responsable d’un acte que ma conscience a refoulé ? Ceci, en admettant que la responsabilité ou la non-responsabilité soient des corollaires de l’existence de l’inconscient. A contrario, d’autres comme Sartre ou Alain, défendirent avec ferveur « qu’il n’y avait pas un autre moi en moi ». Ainsi naissait la question : La non-conscience inclut-elle nécessairement la non-responsabilité ? « Notre conscience est un juge infaillible quand nous ne l'avons pas encore assassinée » a écrit Balzac. Plaçons-nous dans le cas, où elle a été atrophiée. I. Puis-je être tenu pour responsable d’un acte que ma conscience a refoulé ? a) L’inconscient, une instance psychique mise à nue par Freud Dans ses topiques, Freud divise le fonctionnement psychique humain en deux concepts, en premier lieu, celui de la conscience, et en second, celui de l’inconscient. Malgré le fait que l’homme soit un être conscient, il resterait sous l’emprise d’autres phénomènes qui ne sont pas décidés en pleine conscience, et il recevrait des influences que nous ignorons (et subissons sans le vouloir). b) L’inconscient, générateur de passion et de pulsions Ce concept mérite questionnement. S’il est indépendant de la conscience, il est aussi souvent générateur de passions, et qui dit passions, dit bien souvent, hélas, pulsions. Chez certains, « l’isolement psychique », d’élans pulsionnels à l’insu du moi, reste difficile et le refoulé refait surface. Ainsi, cela plaiderait en faveur de l’idée selon laquelle nous ne serions pas responsables de tous nos actes, certains d’entre eux étant guidés par une instance supérieure. De par l’analyse freudienne du psychisme humain, nous pouvons déduire que l’absence de conscience et à corréler avec l’absence de responsabilité. Ainsi, nous pouvons ne demander ce qui fait qu’un homme soit au non responsable. a) L’absence de conscience morale L’homme « du fait qu’il sait qu’il est un animal, […] cesse de l’être ». En prolongation de la pensée d’Hegel, pour être responsable, il faut savoir ce que l’on fait, ce qui veut dire que la responsabilité suppose la conscience. Dès l’instant où il y a prise de conscience de notre humanité, cela implique la responsabilité de nos actes. Or on ne peut faire un procès de responsabilité à un animal lorsqu’il tue car il agit seulement par instinct de survie, donc inconsciemment, de même pour l’objet (en dehors de Francis Ponge qui leur prête une âme, ils sont inconscients). La « responsabilité » n’est donc applicable qu’aux hommes. Ainsi, sous cette hypothèse, sans conscience, il n’y a pas de responsabilité et on ne peut juger ce que l’on appelle un fou, ou un malade mental, puisqu’il ne savait pas ce qu’il faisait. b) Responsabilité médicale Même en s’éloignant de l’inconscient freudien, il demeure qu’en l’absence de conscience, dans le sens de l’ignorance, il y a certains domaines où l’on ne peut être jugé responsable. Prenons le domaine médical, un médecin reçoit un homme qui vient pour sa visite annuelle, il semble en parfaite santé, et après un bon bilan, le médecin le renvoie chez lui. Trois jours plus tard, le patient est retrouvé mort dans son appartement. Il a eu un arrêt cardiaque. Le médecin en est-il pour autant responsable, sachant qu’il l’avait vu trois jours plus tôt ? Non, il ne pouvait être conscient d’un mal, que même le patient ignorait… De facto, arguments et exemples autour de la psychanalyse (où la responsabilité joue un rôle fondamental), sembleraient s’accorder sur le fait que tout acte refoulé par la conscience, ne pourrait être considéré comme nous ayant pour responsable. Mais cette analyse est assez personnelle et ne revient qu’à un seul homme. Or l’humanité est beaucoup plus diversifiée. Sans l’influence intérieure qu’est l’inconscient, l’homme ne se retrouverait pas plutôt dans une relation de lui-même face à lui-même ? En ce cas, pourquoi la non-conscience n’inclurait-elle pas la responsabilité ? II. La non-conscience n’inclut pas la non-responsabilité : ou l’homme seul est responsable de ses actes. A) « Etre homme, c’est précisément être responsable », Saint Exupéry a) La théorie d’Aristote sur la responsabilité L’étude d’Aristote est intéressante, notamment, au sujet de sa théorie concernant le « méchant » qui est ainsi, selon lui, par ignorance de ses actes et donc de leurs conséquences. Or Aristote nous dit aussi, dans Ethique à Nicomaque que chacun est toujours responsable de son ignorance. En suivant ce raisonnement, on obtient que chacun, même inconsciemment, est responsable de ses actes. b) Sartre et Alain : défenseurs d’un unique sujet « je » On sait Aristote un peu extrémiste dans ses idées, cependant, Sartre et Alain, qui ont lu Freud semble être en accord avec le disciple de Platon qui disait d’ailleurs « Chacun, parce qu’il pense, est seul responsable de la sagesse ou de la folie de sa vie, c’est-à-dire de sa destinée. ». A leurs yeux exercés, tout homme pourrait être au clair avec soi-même à condition d’en faire l’effort, il n’y aurait donc pas de distinction entre conscience et inconscient (pas d’alter-ego en quelques sortes) et l’homme serait une unique entité, un moi, « un sujet ‘je’ » aux dires d’Alain. Sous cette pensée, l’homme tel qu’il soit serait responsable de lui-même, de ses actes et de leurs conséquences. B) Responsabilité pénale : domaine juridique La meilleure illustration de la responsabilité dans le cas de mobiles échappant à la volonté est indéniablement présente dans le juridique. La responsabilité pénale montre qu’il y a plusieurs niveaux de conscience, plus ou moins proches du stade de « l’inconscient ». Un homme en état d’ébriété prend le volant pour rentrer chez lui. Seulement la matinée est déjà avancée et la ville voit ses premiers habitants sortir. Le conducteur ne voit pas le passage piéton et encore moins le petit garçon qui traverse. Certes, étant donné son état, il n’a sûrement pas eu conscience de son acte. En est-il pour autant non-responsable ? Il faut être catégorique sur ce genre de sujet et dire qu’il est l’unique responsable. Il a détruit plusieurs vies, et ne peut être considéré comme innocent car « il ne savait pas ». Toujours dans ce domaine, une jeune fille qui se fait violer. Peut-être que la justice reconnaitra le monstre qui a fait cela comme « non conscient au moment des actes », comme « atteint de folie », mais pour la famille, pour la jeune fille, peut-il être innocenté ? Non, il est responsable donc coupable. Attention, en justice, il est souvent dit « responsable mais pas coupable », cette affirmation est à modérer. En effet, la justice est souveraine, c’est à elle que revient l’appréciation du degré de conscience d’un individu et donc par extension, de sa responsabilité et/ou de sa culpabilité. Dura lex, sed lex… Il semblerait donc que plusieurs éléments, notamment au niveau pénal soient en accord pour dire que la nature humaine seule, suffit à rendre tout homme, même s’il se trouve dans un état inconscient, responsable de sa propre personne. La liberté est pour l’homme responsable, en ce cas, l’homme inconscient peut-il être considéré comme libre ? III. Si la liberté appartient à l’homme responsable, est-elle aussi à l’homme qui n’a pas conscience? A) Mais que devient la liberté s’il existe des mobiles qui échappent à la volonté ? « Je suis libre car je suis moralement seul responsable de tous mes actes. », Robert Heinlein. …Mais… B) La liberté : un concept non acquis… Inconscience : concept non maîtrisé => aliénation car présence d’une limite du connu (la conscience) => difficulté d’être libre au niveau psychique. Citer les névroses et les psychoses de Freud qui sont une entrave à notre sainteté d’esprit, donc toutes aussi aliénantes Conclusion En conclusion, selon la dynamique et la situation étudiées l’homme non-conscient, voire inconscient, peut être considéré comme responsable ou non. Il revient donc à chacun la délicate tache d’apprécier le poids des arguments exposés (sans comme s’en plaindrait à juste titre Voltaire, chercher à toujours juger l’Autre). Après s’être interrogé si l’homme non-conscient était responsable, il serait intéressant de s’intéresser à savoir si l’homme irresponsable est-il par essence inconscient ? Freud n’étant plus de ce monde, le sujet attendra.
lundi 13 novembre 2006
Dissertation : Peut-on penser par soi-même? (rédaction complète)

Travail préparatoire accompli (Cf. message précédent), nous pouvons désormais passer à la rédaction complète du devoir. Ici, je ré-écrierai les titres afin que vous ayez des points de repère faciles lors de votre lecture (mais attention, ne pas les mettre dans le devoir final !!! Rappel inutile car trop répété mais « mieux vaut trop que pas assez. » ).
N’étant qu’une élève qui débute dans la dissertation philosophique, ce devoir n'a de parfait que l'auteur, hi hi. Alors… ;-).
Tout d’abord, petite « mise en garde », par le commentaire d’un charmant professeur de Lettres modernes :
Bonjour ! |
Que de délicatesse...Le "bon courage" est de mise ici... Merci tout de même monsieur, vous ne me lirez sûrment pas car vous êtes dans votre mauvaise, oserais-je dire votre "je l'ignore un max...pour son bien...à ELLE" période... Mais ce n'est rien, je ne vous l'ai pas dit? Je m'en remettrai. Argh, je m'égare. Bien, alors il y en a des choses à ne pas faire on dirait bien...
Attendons donc le commentaire de ce cher professeur de philosophie (qui est une once plus concerné et qui j'espère sera plus tolérant envers sa 'tite élève) et …la note. Même si ma motivation n’est pas dirigée à cette fin.
Bonne lecture, en attendant vos critiques et en espérant vous avoir un peu aidés !
Dès le IVème siècle avant Jésus-Christ, les sages grecs, qu’ils soient épicuriens ou stoïciens, dans l’idéal philosophique d’engendrer une société parfaite donc lucide, entendaient articuler la conduite de l’homme sur la maîtrise de la pensée. Un projet conséquent mettant en jeu toute une conception (idyllique) de l’homme. En effet, cela supposait que chacun avait la possibilité de régler lui-même ses pensées et d’en répondre. « Penser, voilà le triomphe vrai de l’âme » écrivait Victor Hugo, cette même âme, que Platon entendait comme ce qui, en nous, s’affirme comme pouvoir de réflexion et de conscience distanciée. En ce cas, la grandeur de l’homme a-t-elle été, est-elle encore confirmée par une parfaite autonomie de la pensée ? Cependant, on pourrait se demander si la multiplicité et la ténacité des illusions, des préjugés, des « superstitions » pour citer Kant, des préceptes historiques, religieux, idéologiques, culturels installés en nous par expérience comme en dehors de nous, ne compromettent-ils pas d’avance ce bonheur illusoire d’une indépendance totale de la pensée. Pouvons-nous réellement déterminer librement nos pensées ? Ayant conscience que l’être humain est, par nature, influençable, comment concevoir alors des possibilités de libération de l’esprit, d’affranchissement de cette emprise extérieure, de l’opinion d’autrui ? La volonté suffit-elle à nous rendre majeurs par la pensée, peut-on « penser par soi-même » ?
I. Existe-il une pensée autonome, indépendante d’autrui ?
1. Qu’est-ce que, par définition, le fait de penser ?
« Par la pensée nous prenons conscience de l'être, mais inversement il faut déjà exister pour penser », Jankél. Tout être vivant de par son existence est amené à penser, c’est le « cogito ergo sum » de Descartes, le « j’existe parce que je pense » de Sartre, mais en renversé. « Penser, voilà le triomphe vrai de l’âme » écrivait Victor Hugo, penser, voilà le triomphe vrai de l’Homme, pourrait-on dire. Contrairement aux animaux, pour qui l’on peut douter de la faculté de penser, de mettre en œuvre leur conscience, l’homme est de naissance apte à réfléchir ou tout du moins, d’agir en sorte. Mais qu’est-ce, par définition que le fait de penser ? Les traces écrites laissées à ce sujet témoignent d’une concordance de points de vue. Pour Destuit de Tr, par exemple la faculté de penser se résumerait toute entière par le terme « sentir », « sentir des sensations, sentir des souvenirs, sentir des rapports, et sentir des désirs ». Quand à Condillac, pour lui, « Le mot pensée [...] comprend dans son acception toutes les facultés de l'entendement et toutes celles de la volonté. Car penser, c'est sentir, donner son attention, comparer, juger, réfléchir, imaginer, raisonner, désirer, avoir des passions, espérer, craindre ». En demeure que l’essence même de la pensée serait la réflexion, la mise en œuvre de la conscience, une formation, une organisation d’idées par l’application mentale.
De ces éclaircissements sur ce qu’est réellement le fait de penser, peut surgir une question anhistorique, à savoir, existe-il une pensée autonome, indépendante d’autrui ? Ce thème de la pensée par soi-même peut prendre sens dans différents domaines concrets.
2. Deux genres de pensées : où l’homme peut-il penser seul ?
a) Une pensée spontanée
Il existe une pensée spontanée qui, paradoxalement parait presque irréfléchie. Prenons l’exemple du plus vierge de tous les hommes : un nouveau-né. L’enfant qui mettra sa main sous de l’eau bouillante la retirera aussitôt sans que l’on ait eu besoin de le lui demander. Non sans pouvoir affirmer que dans son cerveau se soit déroulé un circuit de réflexions poussées, il n’en reste du moins pas de doute, qu’en raison de son existence, de son caractère d’être humain, la douleur l’aura indubitablement rendu autonome par la pensée. De même, pour l’enfant qui, ne maîtrisant pas encore ses petites jambes tombera et pleurera immanquablement. Le cas de l’enfant est le plus concret pour symboliser l’existence d’une pensée innée, pensée qui ne nécessite donc pas l’intrusion d’une tierce personne. Les sensations, comme mécanisme cérébral serait donc le domaine premier de l’exercice de la pensée par soi-même.
b) Une « pensée réfléchie »
Comme pour tout concept, il n’existe pas un unique degré de pensée. Précédemment a été vu la pensée spontanée, on pourrait aussi distinguer une « pensée réfléchie », même si cette appellation semble être un pléonasme. Cette « pensée réfléchie » serait le degré le plus élevé puisqu’elle quitterait le domaine des sensations, de l’instinctif. L’animal ressent, et agit seulement par instinct. L’homme n’est pas un animal, il possède un équipement psychique. L’évolution de la lignée humaine prouve que l’homme actuel est constitué de sorte à user de toutes ses facultés, qu’elles soient corporelles ou psychologiques. L’homme est-il réellement capable d’entretenir seul cet équipement psychique ?
On a coutume de se représenter le poète au sommet de « sa tour d’ivoire », inaccessible et plongé dans une solitude inébranlable. Nécessitant un grand calme, il doit se protéger de toute intrusion du monde extérieur, à l’endroit où il se trouve, certes, mais avant tout dans son esprit. On travaillera toujours mieux dans un bureau que sur un quai de gare. D’autres fois, on retrouvera ce poète solitaire devant un paysage, lui seul et la nature en parfaite osmose. En est-il pour autant privé d’inspiration ? Ne peut-il s’appliquer mentalement, réfléchir, parce qu’il est seul ? Non, assurément, s’il cherche la solitude c’est qu’il y trouve une récompense en contrepartie. Un esprit reposé et au calme est réfléchi. Le poète peut donc penser par lui-même, son travail, personnel, n’en n’a que plus de succès. « Penser est une affaire intime. » écrivait à juste titre Marie Desplechin. Mais dire que seul le poète est capable de penser par lui-même serait fort réducteur pour le reste de l’humanité, en effet malgré l’expression « l’amour rend l’homme poète », tout être vivant n’est malheureusement pas amoureux ou poète…
Le philosophe, tel qu’il nous l’est décrit dans l’Aufklärung, est tout d’abord un homme seul lui aussi. Seul car héroïque, il veut révolutionner son temps et « marche à contre-courant » comme nous le dirions aujourd’hui. A ce sujet, Kant s’est exprimé très justement en ces termes « Penserions-nous beaucoup et penserions-nous bien si nous ne pensions pas pour ainsi dire avec d'autres. ». Certes, penser seul mais ne pas limiter son esprit, avoir la pensée ouverte pour communiquer avec d’autres. Sans former un précepte trop directif, il ne serait pas irréfléchi de dire que dans l’idéal, l’homme devrait penser par lui-même mais aussi pour son temps (et non en accord avec son temps qui serait un frein au progrès). Cela peut sembler paradoxal à première vue, mais penser pour son temps ne signifie pas penser pour les autres. En ce cas, l’amélioration de la société devenant le principal facteur, la philosophie, amour de la sagesse, et l’ouverture de l’esprit apparaîtraient comme une libération.
De même que pour la littérature, une peinture, une composition musicale est bien souvent réalisée à l’écart du monde. Pour étayer ces quelques dires, nous pouvons aisément citer Baudelaire qui décrit l’artiste comme « un être solitaire, un albatros, exilé dans le monde au milieu des huées ». Un homme seul, encore.
Similitude retrouvée pour les savants et bien d’autres encore. L’homme « ordinaire » n’est pas cité directement ici mais nous admettrons bien volontiers que tout homme a ses valeurs et qu’ils auraient leur place dans ce petit coin penseur. De ces quelques exemples, nous pouvons en déduire que dans tous les domaines, qu’ils soient littéraires, artistiques, scientifiques ou autre, chacun d’entre nous est apte à penser par lui-même.
Il semblerait donc bien que nous soyons aptes à penser par nous-mêmes, ce qui prouverait l’existence d’une pensée autonome, indépendante des autres. Cependant certaines réalités tendent à démentir vivement cette affirmation. Pouvons-nous réellement déterminer librement nos pensées ? Quelle est l’influence des préceptes inculqués ou acquis par expérience sur notre pensée propre ?
II. Pouvons-nous déterminer librement nos pensées ? Quelle est l’influence des préceptes inculqués ou acquis par expérience sur notre pensée propre ?
Notre pensée, bien qu’elle possède les capacités propres à son autonomie, est aussi très influençable, et cela les médias l’ont parfaitement compris, comme le dirait Michael Moore, « il suffit que l’on passe quelque chose à la télé pour que les gens croient que c’est vrai. ». Mais la base de toute emprise extérieure sur notre esprit passe indubitablement et avant tout par des préceptes inculqués dès notre enfance, que ce soit dans le domaine éducatif, religieux, ou moral.
1. L’influence des préceptes inculqués
Selon des critères choisis toute « formation » d’un homme, bon citoyen, bon religieux… prend ses sources dans une bonne éducation. Mais qu’est-ce exactement que l’éducation ? Le dictionnaire définit ce substantif comme étant « la façon d’assurer la formation et le développement d’un être humain ; les moyens pour y parvenir. ». La domination intellectuelle ou morale, exercée par une personne sur une autre y est fortement explicite. Celle pensant détenir le savoir inculquera alors à l’autre ses croyances, ses opinions préconçues. Quelle est l’influence des préceptes inculqués sur notre pensée propre ?
a) Domaine de l’éducation
« J’ai remarqué, il y a déjà quelques années, combien sont nombreuses les choses fausses que dès mon plus jeune âge j’ai admises pour vraies et combien sont douteuses toutes celles que j’ai édifiées sur elles. » s’est exclamé Descartes juste avant de chercher à « renverser » tout ses « préjugés de l’enfance ». Phrase particulièrement définitoire de l’influence de l’éducation sur notre pensée. En effet, reprenons le cas de l’enfant. Si on lui apprend que six que multiplie quatre font vingt, il tiendra cette affirmation pour vraie, édifiera sur cette méprise que six multiplie cinq font vingt-six car n’ayant pas encore de sens critique et son âge ne lui permettant pas de porter un jugement sur la véracité de ces quelques dires. La faculté de penser par soi-même découlerait donc d’une faculté à exercer son esprit critique. Cet exemple démontre le crédit d’autrui sur l’innocence d’un enfant mais n’exclut pas pour autant que l’adulte soit tout aussi influençable.
Cependant pour entretenir l’idée du cas d’un enfant, nous pourrons noter un fait assez paradoxal. Si l’enfant e
