ღ♥ Mon aire de repos ღ♥

André Gide: "Le plus grand bonheur après qu'Aimer est de confesser son Amour..."... pour sa passion. Mon aire de repos : un temps de pause, des pensées, des écrits (scolaires ou non), du ciné, des livres… I’m lovin’ it !

jeudi 3 décembre 2009

Extrait de René de Chateaubriand, Commentaire

« Je ne sais ce que le ciel me réserve, et s'il a voulu m'avertir que les orages accompagneraient partout mes pas.friedrich L'ordre était donné pour le départ de la flotte; déjà plusieurs vaisseaux avaient appareillé au baisser du soleil; je m'étais arrangé pour passer la dernière nuit à terre, afin d'écrire ma lettre d'adieux à Amélie. Vers minuit, tandis que je m'occupe de ce soin, et que je mouille mon papier de mes larmes, le bruit des vents vient frapper mon oreille. J'écoute; et au milieu de la tempête, je distingue les coups de canon d'alarme, mêlés au glas de la cloche monastique. Je vole sur le rivage où tout était désert, et où l'on n'entendait que le rugissement des flots. Je m'assieds sur un rocher. D'un côté s'étendent les vagues étincelantes, de l'autre les murs sombres du monastère se perdent confusément dans les cieux. Une petite lumière paraissait à la fenêtre grillée. Etait-ce toi, ô mon Amélie, qui prosternée au pied du crucifix, priait le Dieu des orages d'épargner ton malheureux frère? La tempête sur les flots, le calme dans ta retraite; des hommes brisés sur des écueils au pied de l'asile que rien ne peut troubler; l'infini de l'autre côté du mur d'une cellule; les fanaux agités des vaisseaux, le phare immobile du couvent; l'incertitude des destinées du navigateur, la vestale connaissant dans un seul jour tous les jours futurs de sa vie; d'une autre part, une âme telle que la tienne, ô Amélie, orageuse comme l'océan; un naufrage plus affreux que celui du marinier: tout ce tableau est encore profondément gravé dans ma mémoire. Soleil de ce ciel nouveau maintenant témoin de mes larmes, écho du rivage américain qui répétez les accents de René, ce fut le lendemain de cette nuit terrible, qu'appuyé sur le gaillard de mon vaisseau, je vis s'éloigner pour jamais ma terre natale! Je contemplai longtemps sur la côte les derniers balancements des arbres de la patrie, et les faîtes du monastère qui s'abaissaient à l'horizon. »

                             Sous le consulat de 1802, alors que Chateaubriand est en exil à Londres paraît Du vague des passions, d’abord rattaché au Génie du Christianisme, ou de ce mal du siècle dont il est lui-même en proie, et en son sein René. Dans le passage que nous allons étudier, René, qui vient de recevoir une lettre de sa sœur Amélie, réfugiée dans un couvent pour éteindre sa coupable passion, conte sa dernière nuit en sa terre natale avant le départ pour le nouveau monde. René, devenu l’un des types même du personnage romantique fait preuve d’une sensibilité exacerbée en cette dernière nuit. En quoi comme l’a écrit Senancour, ce romantisme ne se résume pas seulement à un paysage mais se produit par la rencontre entre ce paysage et l’émotion ? Dans un premier temps nous relèverons la poétique des sens entre vue et ouïe, ensuite nous noterons la forte emprunte mélancolique et enfin  nous insisterons sur la relation métonymique et ambiguë quand l’âme fusionne avec ce qui l’entoure.

                        Le personnage de René évolue dans un univers de figurations où tout autour de lui n’est que sensations multiples. Personnage seul aux aguets des signes de la nature « j’écoute, je distingue, je contemple », il est toute vue et toute ouïe entretenant une véritable poétique des sens. René avance dans un espace en constant mouvement, où les éléments se déchaînent. On croise au fil des lignes le schème de paysages tourmentés avec « orages, vents, tempêtes, rugissement des flots, vagues, océan ». De cette nature en activité, René réalise une véritable hypotypose, où sous les yeux du lecteur les descriptions s’animent. Les adjectifs prolifèrent « désert, étincelantes, sombres, petite, malheureux, brisés, immobile, orageuse, affreux, terrible, natal »,  toujours dans ce désir d’exhaustivité. Alors que tout autour de René ne semble pourtant que fantôme, l’être le plus réel ici apparaît en cette mer où « s’étendent des vagues étincelantes ». Les phrases courtes, de style parataxique, suivent le mouvement houleux ou saccadé de l’eau et même la ponctuation abondante forme une prose qui en suit le rythme.

En cette atmosphère sombre et tourmentée, René semble réaliser ses pensées en visions d’art. Emprunt d’un réseau sémantique pictural, il offre une trace subjective de ce qu’il appelle lui-même « tableau » : « gravé, je contemplai, je distingue ». Cette ekphrasis n’est pas sans rappeler certaines peintures de G.D Friedrich, « au baisser du soleil, je m’assieds sur un rocher»… Et de nouveau la ponctuation se met au service de la description avec les « : » précédant l’image du tableau. Le figé de ces paysages de peintre transparaît aussi grâce au champ lexical de l’immuable avec « asile que rien ne peut troubler, le phare immobile, la vestale connaissant dans un seul tous les jours de sa vie, tableau gravé ». Le personnage éponyme réalise même un tableau de genre avec le départ de la flotte « Je contemplai longtemps sur la côte les derniers balancements des arbres de la patrie, et les faîtes du monastère qui s’abaissaient à l’horizon. »

            Comme nous venons de le constater, René porte une attention toute particulière au contexte visuel dans lequel il évolue. Cependant sa sensibilité ne se limite pas à ce seul sens et est agrémentée de celui de l’ouïe « j’écoute, je distingue». On constate une certaine musicalité, isotopie du bruit, variant entre celle de la nature « le bruit des vents vient frapper mon oreille, le rugissement des flots » et celles de constructions humaines, à l’opposées l’une de l’autre « les coups de canons, le glas de la cloche monastique ». Les « coups de canons » semblent violents comme la tempête, et à contrario le « glas de la cloche » est paisible et monotone. Sur ce dernier son régulier au tempo très lent, on ne peut qu’entendre ou lire une véritable osmose du personnage avec son environnement. Devant la force des éléments qui se déchaînent « Je ne sais ce que le ciel me réserve, et s’il a voulu m’avertir que les orages accompagneraient partout mes pas» on rencontre un être martyr en proie à une réelle mélancolie. 

                        « Il y avait autrefois un grain de sable qui se lamentait d’être un atome ignoré dans les déserts» avait écrit Voltaire. Face à cette immensité « l’infini de l’autre côté du mur d’une cellule » opposé au choix d’enfermement religieux de sa sœur « mur, fenêtre grillée, mur d’une cellule » René semble comme victime de la fatalité « ce que le ciel me réserve, tous mes pas, dernière nuit, adieux, pour jamais ». Et de facto, mené par cette destinée dont il ne semble pas maître, il est submergé d’incertitudes « confusément ». Ce « moi » qui toujours se cherche et se déchire est en proie à ses doutes, à ses désirs contraires qui transparaissent au travers la négation « je ne sais ». Ce sont ses premiers mots, à la suite de la dernière lettre d’Amélie et à la limite du pathétique qui semblent placer René dans un cadre confus qui mènera toute sa vie. Notons que l’histoire de René prend pour appui une insatisfaction latente et un profond sentiment d’incomplétude : ici René part mais c’est qu’il ressent qu’il n’a guère le choix « écho du rivage américain qui répétez les accents de René », il est en quelques sortes appelé et c’est désespéré que le jeune homme s’embarque pour l’Amérique. Précédemment Amélie, elle aussi avait quitté sa terre afin de bannir sa « criminelle passion ». Aucun des deux ne suit la destinée qu’il aurait espérée : « ton malheureux frère ».

            René, lors de sa « dernière nuit à terre » est anéanti par une grande solitude, « sur le rivage où tout était désert, je m’assieds sur un rocher ». Comme nous l’avons déjà noté, il n’a pour seule compagnie dans ce désert d’hommes que la mer et ses pensées pour Amélie. La prise de parole à la première personne « je » ainsi que la richesse en verbes pronominaux dans ce court extrait « je m’étais arrangé, je m’occupe, je m’assieds » sont elles-mêmes démonstratives d’une valeur réflexive, soit d’une clôture sur la sphère du sujet même : René est seul face à lui-même. La tonalité profondément lyrique dépeint un homme affligé d’une tristesse fondamentale. La thématique des larmes est répétée à deux fois « je mouille mon papier de mes larmes, maintenant témoin de mes larmes ». Comme l’a écrit Ste-Beuve « Les Renés purs sont des malades pour chanter et souffrir, puis jouir de leur mal, des romantiques moins par dilettantisme : la maladie pour la maladie ». Devant la « béance » de son cœur, le seul ressort de René est bien le lyrisme et l’élégie. Il est même supporté dans sa solitude par le « glas de la cloche monastique » qui accompagne généralement les cérémonies funèbres…

            Les romans Atala et René sont souvent considérés comme des chants de l’exil. Cette dernière prise de parole de René est celle qui précède son départ « L’ordre était donné pour le départ de la flotte ; déjà plusieurs vaisseaux avaient appareillés au baisser du soleil ». Il n’est donc pas surprenant d’y rencontrer la thématique du lieu perdu, concomitante à la nostalgie « je m’étais arrangé pour passer la dernière nuit à terre, afin d’écrire ma lettre d’adieux à Amélie ». Contrairement à la nostalgie d’Ulysse qui ne pleurait que le retour au pays natal, René est celui qui « appuyé sur le gaillard de [son] vaisseau » fait ses adieux. Il parle de « mémoire, je vis s’éloigner pour jamais ma terre natale, la patrie ». Alors que la première partie de son récit est marquée par le présent « je ne sais, je vole, je m’assieds », la fin, assez paradoxalement joue entre temps du passé « je contemplai, s’abaissaient ». Au lieu d’être tourné vers l’avenir, René reste suspendu à son passé. Et pourtant, nonobstant son mal, embarqué sur cette mer de l’errance, assurément contraint par quelque force il s’ouvre à une dimension plus exotique « rivage américain, Soleil de ce ciel nouveau, maintenant ». Cette recherche de l’exotisme n’est au demeurant pas sans rappeler le roman gothique anglais qui prenait souvent pour cadre de nouveaux paysages. Cette quête s’harmonise avec l’atmosphère mystique qui règne en cette première partie, entre les « murs sombres du monastère se perdent confusément dans les cieux», le paysage nocturne « vers minuit » et la « tempête »…

« Quand j’entends gronder les orages, et que l’oiseau me vient battre des ailes à ma fenêtre, moi, pauvre colombe du ciel, je songe au bonheur que j’ai eu de trouver un abri contre la tempête » écrivait Amélie dans son ultime lettre. Le tableau final décrit par René oppose sous divers angles l’agitation terrestre dans laquelle il évolue « la tempête sur les flots, hommes brisés sur des écueils, les fanaux agités des vaisseaux » et l’aspect céleste de la retraite d’Amélie « le calme dans ta retraite, l’asile que rien ne peut troubler », antinomie qu’Amélie avait déjà relevée. Le personnage romantique, les émois du héros et la vie intime de l’individu se manifestent ainsi comme l’expression d’une fusion totale de l’âme avec ce qui l’entoure, dépeignant une réelle relation métonymique. Sous ce parallélisme, René fait de chacun d’eux de véritables allégories : il est la tempête dans ses sentiments mitigés, partir ou rester auprès d’Amélie à qui il voue une affection infinie « ô mon Amélie, ô Amélie », elle est l’abri par le lieu où elle demeure « l’asile que rien ne peut troubler ». Accumulant les asyndètes, cette phrase longue de près de cent mots en acquiert un certain rythme qui rend palpable la tension de René, esprit troublé quant à son départ mais calme rassurant d’autre part « une petite lumière paraissait à la fenêtre grillée ».

Cette relation métonymique, d’association entre état d’âme et environnement offre à  l’auteur la possibilité d’une part d’ombre, tout n’est pas dit explicitement, et malgré l’allégorie, l’environnement n’enveloppe pas les personnages dans leur intégralité.  En dépit du cadre de vie monastique d’Amélie, René relève un contraste, il est celui qui part en mer « navigateur », et c’est pourtant sa sœur qui a « l’âme […] orageuse comme l’océan ». L’asyndète quant à elle, suspend en quelques sortes la séquence qui apparaît donc comme une série ouverte, laissant l’esprit libre aux lecteurs. Remarquons aussi que René dresse surtout le tableau d’un havre de paix en ce qui concerne le bâtiment monastique en lui-même. La religion en elle-même semble mise à distance, de l’essence même il n’en est question que dans une unique phrase « Etait-ce toi, ô mon Amélie qui, prosternée au pied du crucifix, priais le Dieu des orages d’épargner ton malheureux frère ! ». Et encore est-il précisé « le Dieu des orages ». Ajoutons à cela qu’Amélie, qui lors de sa précédente lettre se disait unie à

la Vierge

est ici comparée à une « vestale », soit l’une de ses femmes qui faisait vœu de chasteté durant trente ans et veillait chaque jour à ce que le feu de la déesse Vesta ne s’éteigne. Mais le culte des ces prêtresses n’a rien de chrétien puisque qu’il s’inspire d’une divinité latine. Cet éloignement de la religion n’est pas sans laisser songeur, en ce moment douloureux de son existence, René ne verrait-il plus la présence de Dieu mais seulement « les faîtes du monastère » ? La suite de la lecture semble aller dans ce sens, quand, hors de notre objet d’étude, le Père Souël lui reproche « la solitude est mauvaise à celui qui n’y vit pas avec Dieu »…

                        En conclusion, René, homme seul à l’âme troublée apparaît comme le type même du héros romantique. Baigné de paysages de peintres, à travers la tempête, les houles et l’infini de la mer, tantôt il amplifie tantôt il modèle son mal être. Ce « naufrage plus affreux que celui du marinier » n’est plus seulement métaphoriquement causé par « un aveu sorti du sein de la tombe », il revêt le sens nouveau, plus prophétique, d’un bonheur qui ne sera jamais trouvé…

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dimanche 22 novembre 2009

Creative writing about MYSTERY

Oh pauvre de moi qui ai oublié bien des choses en anglais, je le lis toujours mais alors l’écrire est une peine pour ce qui est des temps… Bref, petit essai, gentiment mystérieux et encore, demandé à la fac, ah retour en enfance...

choosetell_fairytales

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            When I was young, a little girl with two braids, I dreamt about candies, fairytales and travels. I always saw me at the prow of a boat, crossing the Mediterranean sea and losing me in the saharadesert with stars for only friends… I always lived in my dreams finding reality too insipid, I was the girl who waited for the prince charming, I was the girl who wanted to change the world…

            One day, when I was seated on a chair at the back of the classroom, studying the shape of clouds across the window, my teacher asked:

-         Have you ever dreamt of discovering new peoples, new ways of life?

And she put on her desk a pack of letters.

-         This, she continued, will be your treasure, this, will change your life, this, will give you, new friends!

I was eight years old and I understood that my teacher result all my class in a correspondence with little Africans. One by one we took a letter for discover our correspondent. Mine called Jaro, he came from cameroun and he was ten years old. In his letter he spoke about his family (nine brothers!!) and his country. I was so surprised, he seemed to show me a life I couldn’t imagine with lot of sun and dryness. His family lived far from the sea and he never saw waves, just sand. My thoughts were already next to Jaro when the teacher gave us our ‘mission’:

-         Maybe you are so astonished by them habits, lot of them have never seen other things except them villages. Let’s present to them our beautiful but mystery country, let them living with us the time of a reading.

And our usual exercise of grammar and vocabulary became a new game: speaking, dreaming with someone who lived under the equator… I was in my element, I was so happy, my words came alone, my inspiration piloted me. Our letters finished, the teacher gave us one week to find something which could appear mysterious for our correspondents. Something mysterious, something extraordinary for them, something they couldn’t ever see. The day we must give our present, it snowed. Our teacher has foreseen to send all our works after the class. I hold her my magic box; I have discovered how to create it in one of my fairytales books, with bark of maple, feathers of bird and lots of secrets like that. It was my mystery and I didn’t want to tell what it contained.

Shhhhh, in my magic box I have put… a flake of snow…

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samedi 14 novembre 2009

Fiche Oeuvre, Les Caprices de Marianne d'Alfred de Musset

les_caprices_de_Marianne

Fiche_Oeuvre_Musset <= Une analyse complète (ou qui se veut) de l'oeuvre.

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dimanche 8 novembre 2009

L’adolescence Clémentine, Clément Marot, Rondeau LC, commentaire linéaire

                        XVIème  siècle, 1532, Clément Marot publie L’adolescence clémentine.  Se jouant de divers genres entre complaintes, épîtres, épitaphes, épigrammes, élégies, ballades, Marot relie avec la tradition et la forme médiévale qu’est le rondeau. Digne héritier de son père Jean Marot l’un des Grands Rhétoriqueurs, Clément est cependant bien éloigné du simple exercice de jeunesse que le titre de l’œuvre aurait pu laisser soupçonner. Le Rondeau LV, dédié à Anne d’Alençon, nièce de ses protecteurs, double en raison de ses quinze vers, laudatif en raison de ses mots, plus qu’une pâle imitation de formes fixes tend à une évolution vers une forme nouvelle et plus libre. Comment, à travers cette ronde, Marot, inspiré de la principale muse des enfants d’Apollon fait-il renaître le poète de ses cendres ?

Nous étudierons ce rondeau ainsi que sa modernité, à travers l’image du phœnix nous illustrerons la sortie des ténèbres d’un homme, enfin nous noterons la fureur et le lyrisme animant cette évolution.  

                        Au Moyen Age le rondeau, ce poème bref, était dit simple et se composait de sept ou huit vers construits sur deux rimes, le rentrement, quant à lui, apparaissait au début et à la fin et le quatrième vers reprenait le premier. Ce rondeau était celui rencontré dans Le Roman de la rose par exemple.

            Puis il a évolué en s’allongeant, comme c’est le cas ici puisque le rondeau LV est désormais constitué de quinze vers, ce qui en fait un rondeau double. Et vers le XVème siècle le rondeau à forme fixe du Moyen Age a cédé la place à une plus moderne, pour un rondeau en décasyllabes « Trop plus qu’en autre en moi s’est arrêté » (v.1) composé de deux quintils encadrant un tercet, le rentrement serait de quatre syllabes. « Trop plus qu’en autre », reprenant jusqu’à la césure le premier vers, est ainsi répété à trois fois dans le rondeau, à la fin du tercet ainsi qu’à celle du quintil final. Il est à noter que l’on ne tient compte du rentrement pour ce qui est du nombre de vers par strophe, ni pour les rimes.

            Le travail sur le rythme et les sonorités est cependant resté très important comme en témoigne le système des deux rimes en ‘’ ou ‘esse’ en chaque fin de vers. Le rondeau moderne, de genre mondain et raffiné, plus libre par ses exigences se devait tout de même d’être à la fois ingénieux et beau.

            Selon Sébillet, dans son Art poétique, le rondeau est ainsi nommé en raison de sa forme, « après avoir discouru toute la circonférence, on rentre toujours au premier point duquel le discours avait commencé ». Cette forme ronde est doublement rappelée dans le poème même par le signifié (rime en ‘onde’) et le signifiant du nom « Monde » (v.5). Une fois que « tout est dit », on retourne au premier hémistiche pris à son commencement. Le rentrement entraîne plus de vivacité mais aussi une sorte de « suspens dilatatoire ». Entre chaque strophe, une pause, le rentrement change de sens et « appelle dans l’esprit du lecteur des échos deux fois renouvelés ».

            De même que les rimes plates qui semblent continuellement fraterniser : les deux vers premiers de chaque quintils en ‘’, le tiers et le quart de même en ‘esse’ et enfin le cinquième vers symbolisant avec les deux premiers pour ce qui est des quintils, et les rimes consonantes aux trois premiers vers du premiers couplet pour le tercet. Ces rimes forment à elles-seules une sorte de ronde où chacune donnerait la main à l’autre, rappelant qu’avant sa prise d’autonomie le rondeau était associé à la danse et à la musique.

            Jacques Peletier avait signalé que dans chaque couplet « la sentence devait être accomplie ». Ne laissant pas de vers traînant, chaque strophe illustre un thème qui n’est pas sans rappeler le cycle de la vie, de « mort » (v.5) à « vivre » (v.7). Cycle valable pour l’homme mais aussi pour les saisons «  hiver, et été » (v.2). Ce rondeau est donc bouclé et ouvert car l’on peut rajouter le rentrement tout en gardant le sens parfait.

« Rondeau, où toute aigreur abonde,

Va voir la douceur de ce Monde :

Telle douceur t’adoucira,

Et ton aigreur ne l’aigrira. »

            A la différence des autres rondeaux, celui-ci est précédé d’un quatrain liminaire. Marot, qui reprend une forme plus ancienne d’écriture semble insister sur le fait qu’il ne s’agit pas seulement d’une pâle imitation, ni même peut-être d’un « simple exercice de jeunesse » comme l’aura dit Sébillet, mais d’une véritable œuvre personnelle. Ne se présentant pas en décasyllabes comme le reste du rondeau cette suscription fonctionne cependant sur deux rimes dont la fameuse en ‘onde’ et est très riche de par son contenu. En effet, on remarque une abondance de dérivations, cette figure de style concernant des mots ayant le même radical mais changeant de nature avec « aigreur / aigrira », « douceur / adoucira ». De plus l’antithèse entre douceur et aigreur est très entretenue par un réseau croisé mais aussi par une lecture verticale « aigrira » rimant avec « adoucira ».

            Si l’on se réfère au rondeau parfait de Marot où chaque vers du premier couplet était ensuite repris pour commencement de chacune des strophes, on peut voir en ce quatrain quelque ressemblance, non pas de forme mais de fond.

En effet, le premier vers « rondeau, où toute aigreur abonde » serait une parfaite introduction du premier couplet. L’aigreur dans le sens de ce qui marque figurément ce qui déplait voire offense, est très présente dans les cinq premiers vers. On voit très certainement une disposition d’esprit sombre, et un certain aigre reflet de tromperie avec « fraude, haine, vice » (v.3). Ensuite «Va voir la douceur de ce Monde » n’est pas sans annoncer le retour à la vie du tercet. Et enfin « Telle douceur t’adoucira, /Et ton aigreur ne l’aigrira. » marque le bel enthousiasme régnant au dernier quintil.

                        En quoi cette évolution du rondeau retrouve-t-elle son reflet dans son contenu, à savoir l’évolution d’un homme ?

« Trop plus qu’en autre, en moi s’est arrêté

Fâcheux ennui : car hiver et été

N’ai vu que fraude, vice, haine et oppresse

Avec chagrin : et durant cette presse,

Plus mort, que vif au monde j’ai été. »

                        Le premier quintil rimant en aabba se présente comme d’un extrême pessimisme, notons que Marot a écrit ce rondeau à sa sortie de prison en 1526… On y lit un homme parlant à la première personne « en moi » (v.1), « j’ai été » (v.5). L’Auteur parle de lui, là apparaît dès le premier vers le désir de Marot de faire une œuvre d’Auteur. Peut-être cette incursion du ‘je’ est-elle à associer à la présence même de l’exergue qui se distinguait d’œuvres fixes et purement stylistiques. Marot écrit pour parler de lui, non pas pour parfaire

la Grande

Rhétorique

: « Trop plus qu’en autre, en moi s’est arrêté » (v.1).

            Il est à remarquer que ce premier couplet est très fortement marqué par l’ellipse, présente à trois voire quatre reprises, allant parfois jusqu’à un certain agrammatisme, pour la rime d’ « oppression » avec « presse » (v.4), elle devient « oppresse » (v.3).

« Trop plus qu’en autre, en moi s’est arrêté » (v.1), trop plus qu’en un autre… Marot se peint comme un martyre. Le ‘je’ du rondeau est rongé par une peine intérieure, il éprouve un « fâcheux ennui » (v.2) qui est un sens affaibli du « chagrin » (v.4), « cette presse » (v.4) à savoir du tourment. Le pessimisme est reflété par une profonde déception du ‘je’ en ce qui concerne le monde l’entourant. Le monde humain mais aussi le monde dans sa globalité. Les sentiments humains ne sont que fausseté «N’ai vu que fraude, haine, vice et oppresse » (v.3) et les saisons même ne changent rien à son tourment « été » (v.2) rime avec « arrêté » (v.1), comme si l’espoir d’un nouvel été, symbole de la vie épanouie, des fruits, n’était plus. Ni soutenu intérieurement, ni extérieurement, ce ‘je’ est seul, il s’en oublie même au vers 3 ou le ‘je n’ai vu’ n’est plus qu’un « n’ai vu ». Ce premier couplet présente donc Marot comme ‘cerné’ entre « hiver » (v.2) et « chagrin » (v.4), ne pouvant éviter la chute finale du vers 5 «Plus mort que vif au monde j’ai été ».

            L’ellipse pour nous obliger toujours à rétablir  mentalement ce que l’auteur passe sous silence, mais aussi et surtout parce qu’elle symbolise l’absence, le manque de quelque chose. Serait-ce là les prémisses du mal de Marot ?

« Mais le mien cœur (lors de vie absenté)

Commence à vivre, et revient à santé,

Et tout plaisir vers moi prend son adresse,

Trop plus qu’en autre. »

            Le dernier couplet du quintil s’achevait sur « Plus mort que vif au monde j’ai été » (v.5). Ce « vif », au sens de « vivant » était le seul symbole animé de la strophe, passé inaperçu car noyé dans une obscurité généralisée. Cependant, connaissant la forme ronde du poème, où chaque vers est lié à l’autre, on peut donc percevoir en cet adjectif l’annonce du thème du tercet qui suit. En effet, le premier vers, le sixième donc, commence par un afflux de vie dans ce qui est le plus représentatif « Mais le mien cœur ». Un cœur qui bat c’est un corps qui vit, et de facto, de par la rime quasi-équivoquée de « vie absenté » (v.6) à « revient à santé » (v.7), le lecteur est témoin d’une véritable renaissance. Marot devient un phœnix, qui passe des cendres du premier quintil à la vie « commence à vivre » (v.7).

            Le tercet, comme son nom l’indique est plus bref que le quintil et les ellipses « mais le mien cœur (lors de vie absenté) » (v.6), réduisant les vers à leurs lexèmes apporte une certaine vivacité. Grand travail sur le rythme, la forme même du rondeau illustre son contenu, ce rythme saccadé, ces mots sont chacun le soubresaut d’un cœur. On remarquera la forte récurrence du son ‘vi’ avec « vie » (v.6), « vivre » (v.7), « revient » (v.7).

            « Et tout plaisir vers moi prend son adresse » (v.8) est le premier vers dénué d’omission, grammaticalement, aucun mot ne semble manquer, le rythme s’apaise, le soubresaut du cœur se transforme en un battement régulier : Marot est revenu à la vie. Du pessimisme excessif des premiers vers, Marot bascule dans un optimisme débordant « tout plaisir » sans en omettre aucun, donc chaque plaisir est tourné vers lui. De par sa renaissance il est comme un aimant qui attire à lui toute chose positive. Le rentrement «Trop plus qu’en autre » change lui-même de sens, ce n’est plus trop plus qu’en un autre homme, mais trop plus qu’en un autre cœur. En ce sens, fidèlement à ce qu’écrivait Jacques Peletier, la strophe elle-même est bouclée puisque le rentrement reprend non seulement le premier hémistiche du premier quintil mais en plus celui du premiers vers du tercet avec l’accentuation sur « Mais le mien cœur ». Marot, qui souffrait d’une incommensurable peine dans le premier quintil subit un autre excès, celui de la vie qui déborde en lui mais ce n’est plus un fardeau. Le rentrement est passé d’un sens négatif à un sens positif. Lui aussi a gagné en vivacité.

                        La renaissance d’un homme s’étant orchestrée, quelle muse ranime la fureur et le lyrisme du poète ?

Car maintenant j’aperçois loyauté,

Je vois à l’œil Amour,  et féauté,

Je vois vertu, je vois pleine liesse.

Tout cela vois : voire mais en qui est-ce ?

C’est en vous seule, où gît toute beauté

Trop plus qu’en autre.

                        Le tercet laissait le lecteur sur une brusque évolution du ressenti de Marot, qui d’un monde ingrat découvrait un monde nouveau où tout plaisir vers lui était tourné. Cependant (et bien que l’on se réjouisse pour lui) l’on restait ignorant de la raison de cette subite renaissance.  Raison qui nous est illustrée dans le dernier quintil, bouclant la forme du rondeau, « maintenant » (v.10) tout trouve son dénouement, et pour preuve, le premier vers commence par la conjonction de coordination « car » (v.10) qui non seulement, comme son nom l’indique coordonne l’articulation du poème mais aussi se met en devoir de l’expliquer. Et c’est au onzième vers que la question trouve sa réponse : l’ « Amour » avec un ‘A’ majuscule. Marot, animé d’un sentiment sincère et pur fait recouvrir à son rondeau sa qualité de jeu amoureux comme le concevait la noblesse de l’époque.

            Au premier quintil Marot était aveuglé par une absence de valeurs, dans un monde obscur, il ne pouvait ouvrir les yeux sur aucun espoir, sa vue même avait une connotation négative « n’ai vu que » (v.3).  En réponse à la renaissance du tercet,  comme son cœur, les yeux de Marot s’ouvrent aussi à la vie, à la vue, avec le champ lexical « j’aperçois » (v.10), « je vois à l’œil » (v.11), « je vois » répété à trois fois. Comme un effet de miroir inversé, là où le premier quintil s’obscurcissait de « fraude, haine, vice et oppresse » (v.3), Marot voit désormais « loyauté », « féauté », « vertu » et « beauté ». Un véritable réseau d’antinomies se dessine : la fraude, au sens de tromperie est confrontée à la légalité de « loyauté » (v.10),  la haine, sentiment non chrétien trouve son opposé dans la foi de « féauté » (v.11), le vice est contrecarré par la « vertu » (v.12) morale. Ce tableau diptyque offre une vision plutôt manichéenne du monde, avec le triomphe de la lumière sur l’obscurantisme. Peut-être faut-il voir ici une allusion à l’évangélisme prôné par Marot…

            Comme nous l’avons vu précédemment, la présence du ‘je’ fait de ce rondeau une œuvre d’Auteur. L’Amour ressenti par Marot exalte ses sentiments, sentiments d’un homme mais aussi d’un poète. Il use de l’emphase «  Tout cela » (v.13), voit tout en grand. L’Amour rend l’homme poète et le rondeau témoigne d’un lyrisme certain. Cet Amour c’est la « Fureur », l’inspiration, Marot ne ressent plus ce « fâcheux ennui » (v.2), il écrit en « pleine liesse » (v.12), il est joyeux, use de calembours comme « Tout cela vois : voire mais en qui est-ce ? ».  Ses rimes deviennent riches en cet ultime quintil avec deux sons syllabiques en fin de vers « loyauté » et « féauté » aine que « liesse » et « qui est-ce ». La récurrence du ‘v’ donne un certain dynamisme…

            Marot n’est finalement pas à l’image du phœnix puisqu’il recouvre la vie grâce à la force des sentiments. Anne d’Alançon est celle qui lui permet de renaître, et pour cela, comme il glose lui-même son rondeau, il le lui dédie « A une Dame, pour la louer ». Au vers 12 Marot use du mot  vieilli « liesse » qui déjà au XVIème siècle n’a plus d’usage que dans le discours sérieux. C’est ainsi qu’il s’écarte du caractère assez ludique du rondeau, comme le « plaisir » (v.8) en témoignait pour montrer la solennité de ses dires, sur ce dernier quintil laudatif il ne s’agit pas de plaisanter.

            La question purement rhétorique « Tout cela vois : voire mais en qui-est-ce ? » (v.13) semble destiner à flatter l’égo de ladite dame. Notons que l’insistance de Marot sur la vue n’est pas simplement à valeur descriptive, il ne se contente pas de peindre le pâle portrait d’un être n’ayant que des attraits physiques, non, la pureté de l’âme semble ici se refléter dans la pureté du corps où « où gît toute beauté » (v.14). Le « gît » rappelle le thème de la mort et des cendres du premier quintil, bouclant ainsi le rondeau. Cette dame louée représente à elle seule cette myriade des valeurs d’une femme pure moralement, religieusement comme nous l’avons relevé avec le champ lexical des qualités. Le « C’est en vous seule » (v.14), avec le ‘vous’, prénom cataphorique tombant comme l’achèvement sublime du poème. On quitte le rondeau sur ce ‘vous’, qui raisonne comme un remerciement, et un dernier honneur. 

            Le rentrement qui tour à tour a illustré un homme, un cœur, est désormais un trop plus qu’en une autre femme. L’emphase est de rigueur pour parler d’une femme de si grande importance aux yeux de Marot. Et le rondeau se referme sur lui-même.

                        En conclusion ce rondeau laudatif, animé par la muse Amour alterne entre aigreur et douceur  et dépeint le retour à la vie d’un homme mais aussi d’un poète. Le rondeau n’est pas naïf, il ne faut confondre forme et fond, cette forme, légère pourtant, n’est pas contraire à l’essor de la poésie lyrique. On notera avec quelle adresse est travaillée la signification du rentrement qui évolue à chaque couplet, ce qui n’est pas sans laisser penser aux refrains de Voiture…

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mercredi 4 novembre 2009

Ferragus, Honoré de Balzac, 1833, Mme Jules

7182637« À qui n'est-il pas arrivé de partir, le matin, de son logis pour aller aux extrémités de Paris, sans avoir pu en quitter le centre à l'heure du dîner ? Ceux-là sauront excuser ce début vagabond qui, cependant, se résume par une observation éminemment utile et neuve, autant qu'une observation peut être neuve à Paris où il n'y a rien de neuf, pas même la statue posée d'hier sur laquelle un gamin a déjà mis son nom. Oui donc, il est des rues, ou des fins de rue, il est certaines maisons, inconnues pour la plupart aux personnes du grand monde, dans lesquelles une femme appartenant à ce monde ne saurait aller sans faire penser d'elle les choses les plus cruellement blessantes. Si cette femme est riche, si elle a voiture, si elle se trouve à pied ou déguisée, en quelques-uns de ces défilés du pays parisien, elle y compromet sa réputation d'honnête femme. Mais si, par hasard, elle y est venue à neuf heures du soir, les conjectures qu'un observateur peut se permettre deviennent épouvantables par leurs conséquences. Enfin, si cette femme est jeune et jolie, si elle entre dans quelque maison d'une de ces rues ; si la maison a une allée longue et sombre, humide et puante ; si au fond de l'allée tremblote la lueur pâle d'une lampe, et que sous cette lueur se dessine un horrible visage de vieille femme aux doigts décharnés ; en vérité, disons-le, par intérêt pour les jeunes et jolies femmes, cette femme est perdue. Elle est à la merci du premier homme de sa connaissance qui la rencontre dans ces marécages parisiens. Mais il y a telle rue de Paris où cette rencontre peut devenir le drame le plus effroyablement terrible, un drame plein de sang et d'amour, un drame de l'école moderne. Malheureusement, cette conviction, ce dramatique sera, comme le drame moderne, compris par peu de personnes ; et c'est grande pitié que de raconter une histoire à un public qui n'en épouse pas tout le mérite local. Mais qui peut se flatter d'être jamais compris ? Nous mourons tous inconnus. C'est le mot des femmes et celui des auteurs.

À huit heures et demie du soir, rue Pagevin, dans un temps où la rue Pagevin n'avait pas un mur qui ne répétât un mot infâme, et dans la direction de la rue Sol, la plus étroite et la moins praticable de toutes les rues de Paris, sans en excepter le coin le plus fréquenté de la rue la plus déserte ; au commencement du mois de février, il y a de cette aventure environ treize ans, un jeune homme, par l'un de ces hasards qui n'arrivent pas deux fois dans la vie, tournait, à pied, le coin de la rue Pagevin pour entrer dans la rue des Vieux-Augustins, du côté droit, où se trouve précisément la rue Soly. Là, ce jeune homme, qui demeurait, lui, rue de Bourbon, trouva dans la femme, à quelques pas de laquelle il marchait fort insouciamment, de vagues ressemblances avec la plus jolie femme de Paris, une chaste et délicieuse personne de laquelle il était en secret passionnément amoureux, et amoureux sans espoir : elle était mariée. En un moment son cœur bondit, une chaleur intolérable s’ourdit de son diaphragme et passa dans toutes ses veines, il eut froid dans le dos, et sentit dans sa tête un frémissement superficiel. Il aimait, il était jeune, il connaissait Paris ; et sa perspicacité ne lui permettait pas d'ignorer tout ce qu'il y avait d'infamie possible pour une femme élégante, riche, jeune et jolie, à se promener là, d'un pied criminellement furtif. Elle, dans cette crotte, à cette heure ! L'amour que ce jeune homme avait pour cette femme pourra sembler bien romanesque, et d'autant plus même qu'il était officier dans la garde royale. S'il eût été dans l'infanterie, la chose serait encore vraisemblable ; mais officier supérieur de cavalerie, il appartenait à l'arme française qui veut le plus de rapidité dans ses conquêtes, qui tire vanité de ses mœurs amoureuses autant que de son costume. Cependant la passion de cet officier était vraie, et à beaucoup de jeunes cœurs elle paraîtra grande. Il aimait cette femme parce qu'elle était vertueuse, il en aimait la vertu, la grâce décente, l'imposante sainteté, comme les plus chers trésors de sa passion inconnue. Cette femme était vraiment digne d'inspirer un de ces amours platoniques qui se rencontrent comme des fleurs au milieu de ruines sanglantes dans l'histoire du Moyen Age ; digne d'être secrètement le principe de toutes les actions d'un homme jeune ; amour aussi haut, aussi pur que le ciel quand il est bleu ; amour sans espoir et auquel on s'attache, parce qu'il ne trompe jamais ; amour prodigue de jouissances effrénées, surtout à un âge où le cœur est brûlant, l'imagination mordante, et où les yeux d'un homme voient bien clair. Il se rencontre dans Paris des effets de nuit singuliers, bizarres, inconcevables. Ceux-là seulement qui se sont amusés à les observer savent combien la femme y devient fantastique à la brune. Tantôt la créature que vous y suivez, par hasard ou à dessein, vous paraît svelte ; tantôt le bas, s'il est bien blanc, vous fait croire à des jambes fines et élégantes ; puis la taille, quoique enveloppée d'un châle, d'une pelisse, se révèle jeune et voluptueuse dans l'ombre ; enfin les clartés incertaines d'une boutique ou d'un réverbère donnent à l'inconnue un éclat fugitif, presque toujours trompeur qui réveille, allume l'imagination et la lance au delà du vrai. Les sens s'émeuvent alors, tout se colore et s'anime ; la femme prend un aspect tout nouveau ; son corps s'embellit ; par moments ce n'est plus une femme, c'est un démon, un feu follet qui vous entraîne par un ardent magnétisme jusqu'à une maison décente où la pauvre bourgeoise, ayant peur de votre pas menaçant ou de vos bottes retentissantes, vous ferme la porte cochère au nez sans vous regarder. La lueur vacillante que projetait le vitrage d'une boutique de cordonnier illumina soudain, précisément à la chute des reins, la taille de la femme qui se trouvait devant le jeune homme. Ah ! certes, elle seule était ainsi cambrée ! Elle seule avait le secret de cette chaste démarche qui met innocemment en relief les beautés des formes les plus attrayantes. C'était et son châle du malin et le chapeau de velours du matin. À son bas de soie gris, pas une mouche, à son soulier pas une éclaboussure. Le châle était bien collé sur le buste, il en dessinait vaguement les délicieux contours, et le jeune homme en avait vu les blanches épaules au bal ; il savait tout ce que ce châle couvrait de trésors. À la manière dont s'entortille une Parisienne dans son châle, à la manière dont elle lève le pied dans la rue, un homme d'esprit devine le secret de sa course mystérieuse. Il y a je ne sais quoi de frémissant, de léger dans la personne CM clans la démarche : la femme semble peser moins, elle va, elle va, ou mieux elle file comme une étoile, et vole emportée par une pensée que trahissent les plis et les jeux de sa robe. Le jeune homme hâta le pas, devança la femme, se retourna pour la voir… Pst ! elle avait disparu dans une allée dont la porte à claire-voie et à grelot claquait et sonnait. Le jeune homme revint, et vit cette femme montant au fond de l'allée, non sans recevoir l'obséquieux salut d'une vieille portière, un tortueux escalier dont les premières marches étaient fortement éclairées ; et madame montait lestement, vivement, comme doit monter une femme impatiente.

— Impatiente de quoi ? se dit le jeune homme qui se recula pour se coller en espalier sur le mur de l'autre côté de la rue. Et il regarda, le malheureux, tous les étages de la maison avec l'attention d'un agent de police cherchant son conspirateur. »

Introduction :

            Ferragus de Balzac, paru en 1833 dans La revue de Paris, appartient à une trilogie au titre pour le moins énigmatique : L’histoire des treize. A l’époque des romans feuilletons, « Mme Jules » est le premier extrait de cette anthologie offerte au public. On découvre dans cette Comédie Humaine une véritable fresque de la vie parisienne. Amoureux de sa ville, qu’il connait parfaitement, Balzac nous  projette jusque dans les fins de rues, où l’animation accueille parfois le hasard d’une rencontre… Entre mise en texte du social et entrecroisement fictionnel de destinées diverses, comment Balzac parvient-il à créer l’intrigue ?

I.  Mise en texte du social

                                    

1. Les rues de Paris

            Balzac, que l’on sait passionné du lumineux comme en témoigne le champ sémantique « le matin, neuve, personnes du grand monde, riche, voiture, lueur », commence sur plusieurs antinomies. D’emblée le lecteur est projeté dans un tout autre univers que celui connu du « grand monde » fastueux. L’on découvre un Paris indéniablement sale « rien de neuf, maison a une allée sombre, humide et puante, marécages parisiens, rue n’avait pas un mur qui ne répétât un mot infâme ».

Là où tout se termine, avec le champ sémantique suivant « extrémités de Paris, quitter, fin de rues, au fond de la rue » commence pourtant l’histoire : une histoire de femme(s)…

2. Un défilé de femmes clandestines

C’est le théâtre qui commence « déguisé, défilés du pays parisien », le narrateur épouse la vie qu’il côtoie dans les rues, il y a comme une naturalisation d’un univers à découvir. On y rencontre comme un cliché, tous les types de femmes du grand monde sont représentés « riche, ayant voiture, à pied ou déguisée, honnête femme, jeune, jolie » qui parallèlement se retrouvent dans un lieu où elles ne devraient être. Une sorte de seconde vue permet de deviner la vérité dans toutes les situations possibles lorsque les « deux mondes » se croisent…

3. L’apparence d’une véritable démonstration

            La conjonction « si » en introduction à une protase hypothétique est répétée à 8 reprises.  L’exposition des conditions et des différentes situations s’y adapte  à la limite du syllogisme, le lecteur est convaincu, de toute évidence toutes les possibilités ont été imaginées, il n’y a plus qu’à obtempérer. On remarquera l’absence de l’habituel « alors » ponctuant le « si », devenu inutile par l’implacabilité du raisonnement.

            L’utilisation du présent gnomique vient confirmer cette idée. Ce n’est pas comme si Balzac avait écrit au passé en parlant de plusieurs femmes.

            Les adverbes « mais, enfin, malheureusement » indiquent une sorte de hiérarchie comme un fil de Marianne. Dès les premières lignes, le lecteur est « pris en mains » par ces formes invariables auxquelles il peut se rattacher pour ne pas s’égarer dans le récit.

Transition : Typique du roman balzacien, après une copieuse phase de préparation formée de phrases longues, l’exposition minutieuse laisse place à l’intrigue.

II. Un horizon d’attente

1. La lancement de l’intrigue

          

Le style hypotaxique devient parataxe avec une accumulation de phrases juxtaposées « les sens s’émeuvent alors… ».  De l’abondance d’adjectifs typiques d’un désir descriptif, l’on est précipité dans une avalanche de verbes d’action marquant un véritable dynamisme, « tourner à pied, marcher, bondit, passer, promener, se rencontrer, suivre, lancer, se hâter, revenir, monter ». On constate ainsi une relance continuelle de l’attention du lecteur qui est invité à suivre l’action mais aussi les déambulations des personnages entre démarche pressée de l’inconnue « une femme impatiente » et celle de l’officier qui « marchait fort insoucieusement ».

De plus, les temps évoluent, du présent de vérité général l’on bascule dans le récit fictionnel avec de nombreux verbes à l’imparfait, et enfin le passé simple scelle comme le pacte de lancement du suspens.

L’on passe du général au particulier, laissant mûrir la réflexion sur le cas du rapport des femmes et du dramatique. Tout comme un entonnoir, les lieux et les personnages se précisent. De « Paris » l’on marche dans « des rues, ou des fins de rue » pour arriver à l’« une de ces rues » et enfin la « rue Pagevin ».  L’entrée en scène d’  « un jeune homme » qui devient « ce jeune homme » jusqu’à sa présentation comme un « officier supérieur de cavalerie ». De « certaines maisons » à « une femme » quelconque. Puis « des femmes » en général jusqu’à « la femme ». Il est à noter que l’article indéfini gagne en précision en devenant article défini.          

2. L’observateur

            Le rapport avec le lecteur est immédiat, d’entrée Balzac l’interpelle par une interrogation rhétorique «  à qui n’est-il pas arrivé […] ? », il le prend à partie, « ceux-là sauront ». Le lecteur est incité à réfléchir à des questions pouvant frôler l’existentialisme, « Mais qui peut se flatter d’être jamais compris ? ». On constate une évolution dans les pronoms qui d’impersonnels en viennent à impliquer l’auteur et le lecteur même, n’en faisant qu’un groupe uni « nous mourrons tous inconnus ».

            On remarquera à trois fois l’insistance sur l’ « observation ». En effet la focalisation du texte change. Dans le premier paragraphe, elle est externe, d’où cet « observateur » puis interne dans le second où l’on s’immisce jusque dans les pensées de l’officier « impatiente de quoi ? se dit le jeune homme. ».

            Mais le romancier de génie n’est pas seulement un observateur, il pénètre la réalité par l’imagination donnant forme vivante à ses pensées…

3. Mise en œuvre théâtrale

La ville de Paris est vue comme un théâtre où l’on se trouverait de l’autre côté de la scène « il est certaines maisons, inconnues pour la plupart aux personnes du grand monde ». D’où une grande place pour le mystère « déguisée ». Entre mystère et peur il n’y a qu’un pas, que Balzac franchit aisément, en n’hésitant pas à user d’adjectifs axiologiques et d’hyperboles « épouvantables, horrible, effroyablement terrible ». L’on se croirait retourné dans les contes de princesses et de sorcières avec « cette femme et jeune et jolie » qui croise cet « horrible visage de femme aux doigts décharnés ». L’accumulation d’adjectifs augmente le trouble jusqu’à devenir angoissant « allée longue, sombre, humide et puante »

            Balzac use de l’inversion du sujet pour tenir en haleine « si au fond de l’allée tremblote…la lueur pâle d’une lampe »

            Un aperçu du dramatique, en trois lignes, le mot « drame » est répété cinq fois. On imagine aisément, en cette ville parisienne, un drame mondain ou romantique, un crime passionnel « un drame plein de sang et d’amour »…

Transition : Le thème des femmes ravivé par celui du drame se situant en fin de paragraphe semble comme la prémisse d’un prétendu de crise, de violentes passions à venir, ou tout du moins de situations périlleuses...

III. Entrecroisement de destinées diverses

1. Le hasard

            Le schème du hasard est par plusieurs fois présent, apparaissant comme une porte d’entrée de la fiction « par un de ces hasards qui n’arrive pas deux fois dans la vie », il existe un « hasard social » qui veut que l’on naisse, dans une vision assez manichéenne, riche ou pauvre et le « hasard d’une rencontre »…

            Ce récit diptyque semble construit sur un réseau d’antagonisme social.  On retrouve souvent chez Balzac une esthétique socio poétique où se croisent les différentes « classes ». D’une part il y a cette femme du « grand monde », « bourgeoise, élégante, riche, châle du matin, chapeau de velours du matin, madame» et d’autre part ce jeune homme, « officier de la garde royale, officier supérieur de la cavalerie ». On verra ici le désir balzacien de peindre dans son intégralité et non dans sa singularité les mœurs parisiennes. 

Croisée des classes mais aussi croisée des mondes, le contraste est fort avec la présence incongrue « Elle, dans cette crotte, à cette heure ! », d’une femme bourgeoise avançant « d’un pied criminellement furtif » en un lieu où elle ne devrait pas décemment être.

2. Le motif amoureux

Comme Balzac l’écrivit lui-même dans la préface de La peau de chagrin, « il ne s’agit pas seulement de voir, il faut encore […] empreindre ces impressions dans un certain choix de mots et les parer de toute la grâce des images ou leur communiquer le vif des sensations primordiales. ». La « vraie passion de cet officier » se dépeint au travers un champ lexical très fourni de l’amour passionnel, « délicieux, en secret passionnément amoureux, cœur bondit, chaleur, frémissement, il aimait, amour, romanesque, mœurs amoureuses, cœur brûlant ». Balzac n’hésite pas à user de chaînes anaphoriques «amours platoniques […], amour aussi haut […], amour prodigue » ainsi que de déterminatifs portant les marques de l’emphase « La femme». D’autre part la pureté du sentiment est mise en exergue frôlant la redondance  « était vertueuse, grâce, imposante sainteté, digne »

            Le portrait élogieux de la femme aimée est peint par le champ lexical du laudatif « chaste et délicieuse personne, femme élégante, riche, jeune et jolie, vertueuse, grâce décente, imposante sainteté, digne d’inspirer un de ces amours, taille jeune et voluptueuse, son corps s’embellit, chaste démarche, délicieux contours du buste, comme une étoile ». Cette femme n’est plus femme, elle est plus que femme comme le montre la gradation « ce n’est plus une femme, c’est un démon, un feu follet » et la comparaison « elle file comme une étoile » . A cela s’ajoute une profusion d’hyperboles « la plus jolie femme de Paris, plus chers trésors, beautés des formes les plus attrayantes».

            Face à cet imposant tableau de charmes quasi divins où tout semble immensément beau, femme ou nature-même de la passion, Balzac, au moyen de l’antéposition d’adjectifs axiologiques « la jolie femme », « ce jeune homme » ajoute du réalisme à la situation en lui donnant une valeur plus affective donc plus accessible.

3. Le roman noir

La présence d’un officier qui « marchait fort insoucieusement », met en exergue l’énigme de la situation, cet officier est « jeune » (…et fou ?), il ignore la situation dans laquelle il va s’engager à son insu. Il a vu cette femme honorable et soupçonne une infamie possible quand à sa présence en ce lieu. Le lecteur, par la focalisation interne, devient un peu cet homme insouciant, il ne sait pas dans quoi il s’est engagé en lisant cet extrait… sauf à devoir poursuivre sa lecture. L’identification est d’autant plus aisée que les noms propres, qui pourraient personnaliser l’incipit, brillent par leur absence.

Lorsque Balzac nous quitte, le suspens est au plus haut entre        un jeune homme, passionnément amoureux d’une femme mariée et la jolie femme, mariée pourtant, se retrouvant seule à une heure indue dans la rue jusqu’à disparaître dans un escalier tortueux…

En ce sens Ferragus est digne du roman noir revenu à la mode au XIXème siècle, prémisse du roman policier, l’extrait s’achève sur un regard avec « l’attention d’un agent de police cherchant son conspirateur »…

Conclusion

            En conclusion, Balzac tient promesse avec cet incipit de Ferragus.  Il offre à son lecteur un tableau qu’il souhaite exhaustif des rues inconnues parisiennes et de leurs vies clandestines. Par-delà les pas pressés d’une femme dissimulée sous un châle, Paris perd de son brillant au profit d’un obscur mystère, hôte probable du couple passion et drame…

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mardi 6 octobre 2009

Commentaire éclair sur Le maître de Garamond, d’Anne CUNEO,

gothique         L’intérêt de mêler histoire et roman ? On découvre un personnage historique que l’on ne connaissait pas (ce qui ne nous rendait pas ignare pour autant mais passons). Ce personnage, on apprend à l’aimer, l’on y parvient, ça y est, on l’aime, comme un ami, comme un frère, comme un mari épousé un beau dimanche à Poitiers… Il faut bien reconnaître que l’on a tout le temps d’en apprécier la compagnie et de se familiariser avec le personnage aux vues du nombre d’heures passées avec le bouquin entre les mains… L’auteur, bien souvent très habile de ses mains et de ses pensées, crée aisément une dépendance, ou tout comme, de sorte que l’on ne trouve plus l’oxygène, le vrai, que dans ces douces pages, de sorte que l’on en viendrait à regretter de n’être pas d’un siècle aussi démuni que le XVI ème, de sorte que l’on ait en horreur le fait de n’avoir étudié à l’école ni le latin ni le grec… Et là, bam, c’est le drame : IL meurt. LUI. Sur un bûcher. Et nous, lecteurs, on se retrouve abandonné dans un état allant d’une solitude que l’on ne peut partager à l’effondrement le plus profond. Comme si d’une mort ne suffisait pas, la vraie mort, celle de celui dont on n’avait jamais entendu parler avant d’ouvrir ce livre (et dont, de facto, on se foutait), il faut qu’elle ressuscite sous nos yeux. « Maître Antoine Augereau, mort deux fois, en exclusivité  pour vous lecteurs ce soir… ». Vrai que de nos jours nous sommes tellement épanouis dans notre quotidien que l’on peut se permettre ce duplicata…  Au final, l’on souffre encore plus du sentiment d’injustice que s’il n’y avait eu là que roman et chevalerie, et bien heureux notre siècle qui n’est pas en espérance d’une Révolution… Je serais déjà dans la rue, le poing brandi… A moins que je ne fus déjà en feu sur un dernier bûcher commun avec le chevalier de Berquin… Et ce genre de réjouissance ne pouvant arriver seule, l'on finit de vous désarmer... Comment? Assez simplement... le livre s'achève. Ces douces heures passées cramponné à votre recueil ne sont plus qu'un cuisant souvenir, vous avez désormais tout votre temps voire plus que nécessaire pour pleurer tant de pertes... Joyeux.

         Ciel, ciel, que d’émotion ne serait-ce que de taper ceci sur un clavier… Aviez-vous déjà remarqué que chaque lettre dactylographiée avait une petite voûte sous la plante ? Un empattement avec une légère courbure, pratiquement imperceptible, mais qui rend la lecture plus douce au regard ? N’est-ce pas magnifique ?

         Ah, avant que l'idée ne parte aussi vite qu'elle m'est venue je voudrais encore signaler quelque chose. J'ai très souvent préféré la plume masculine à la féminine. Pas cette fois. Je m'explique. Nous sommes au milieu de XVI ème siècle au moment de l'histoire, les femmes présentes dans le roman sont toujours d'une douce sagesse, d'un grand esprit et offrent à leurs maris tout l'amour dont on peut rêver... Vous pensez réellement qu'un auteur HOMME aurait mis tant de délicatesse dans la représentation féminine? Non, non, surtout en ce siècle (rgardez la mysoginie de Voltaire par exemple, et cela deux siècles après !...). Non, non, franchement, il nous fallait UNE auteur(e)! Merci à elle.

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vendredi 2 octobre 2009

Extrait de René [Chateaubriand] : commentaire de texte

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TEXTE

« On m'accuse d'avoir des goûts inconstants; de ne pouvoir jouir longtemps de la même chimère, d'être la proie d'une imagination qui se hâte d'arriver au fond de mes plaisirs, comme si elle était accablée de leur durée on m'accuse de passer toujours le but que je puis atteindre: hélas! je cherche seulement un bien inconnu, dont l'instinct me poursuit. Est‑ce ma faute, si je trouve par tout des bornes, si ce qui est fini n'a pour moi aucune valeur? Cependant je sens que j'aime la monotonie des sentiments de la vie, et si j'avais encore la folie de croire au bonheur, je le chercherais dans l'habitude.

La solitude absolue, le spectacle de la nature, me plongèrent bientôt dans un  état presque impossible à décrire. Sans parents, sans amis, pour ainsi dire seul sur la terre, n'ayant point encore aimé, j'étais accablé d'une surabondance de vie. Quelquefois je rougissais subitement, et je sentais couler dans mon cœur comme des ruisseaux d'une lave ardente; quelquefois je poussais des cris involontaires, et la nuit était également troublée de mes songes et de mes veilles. Il me manquait quelque chose pour remplir l'abîme de mon existence : je descendais dans la vallée, je m’élevais sur la montagne, appelant de toute la force de mes désirs l’idéal objet d’une flamme future ; je l’embrassais dans les vents ; je croyais l’entendre dans les gémissements du fleuve ; tout était ce fantôme imaginaire, et les astres dans les cieux, et le principe même de vie dans l’univers. »

Attention ! Ce qui suit n’est qu’une aide pour rédiger un éventuel commentaire. Les grandes idées sont là mais vous êtes vivement encouragés à “broder” autour (et à en trouver d’autres)... Pensez cependant à ménager les transitions. Naturellement votre problématique peut être différente...

INTRODUCTION

-         par Chateaubriand

-         publication en 1802, tout début du XIXème siècle

-         suite d’Atala

-         situation géographique, paysages du Nouveau Monde, tribu de Chactas

-         récit introspectif à la 1ère personne (Attention ! Il semblerait que l’on ait souvent tendance à omettre ce qui nous semble le plus logique : c’est un roman ? dites-le ! une pièce de théâtre ? dites-le ! Pensez au genre !)

PROBLEMATIQUE

        En quoi la description du mal-être et l’extrême sensibilité de René font de ce personnage un héros romantique ?

ou

En quoi les incertitudes de René font de ce personnage un héros romantique ?

ð     Annonce du plan

PLAN

Rq : Bien penser à introduire dans votre commentaire des remarques sur les figures de style, la mise en forme, les changements de temps, de voix... Certes ça ne parait pas toujours d’un intérêt déboussolant mais c’est indispensable ! Ainsi vous montrez que non seulement le texte a été compris mais qu’en plus vous savez vous resservir des outils gentiment donnés par votre professeur (adoré).

I. Une manifestation d’un mal-être moral et physique

1. mal-être moral

=> champ lexical de l’accusation, de la faute « on m’accuse, est-ce ma faute ?, accablé, un état presque impossible à décrire » / champ sémantique de la confusion, René est perdu dans le néant « l’abîme de mon existence »

2. mal-être physique

=> champ lexical de la sensation d’enfermement « proie, instinct me poursuit, fond, borne» / un comportement impulsif quasi bestial « instinct, cris involontaires » / embarras visible, physique « je rougissais subitement»

        II. La douleur d’un état mais aussi ses attraits

1. douleur

=> la négation « ne pouvoir jouir, aucune valeur, n’ayant point encore aimé »  / répétition de la préposition « sans » / interjection « hélas » / souffrance « cris, gémissements, folie, nuit troublée »

2. attraits

=> le bonheur dans la monotonie (cf. vie monastique qui tenta l’auteur comme René) / « une surabondance de vie », René ressent le besoin de s’abandonner dans ses passions (et les passions font vivre…) / une allusion à l’amour, source d’espoir « désirs, flamme, jouir, embrassais, gémissements »

Rq : Contrairement à d’autres héros romantiques comme Oberman de Senancour, René n’est pas si désespéré, au contraire il semblerait tirer quelque satisfaction à sa souffrance qui lui donne une grande imagination et qui confirme sa grandeur d’âme « une grande âme doit contenir plus de douleur qu’une petite »… Et, à la différence du Werther de Goethe, comme l’a dit Ste Beuve pas très gentiment « on sent en le lisant qu’il guérira, ou du moins qu’il se distraira »…

III. Traits essentiels du héros romantique

1. inconstance

=> René, homme de contrastes « goûts inconstants », des plaisirs éphémères / parallélisme de construction « je descendais dans la vallée, je m’élevais dans la montagne » / adverbe « cependant » qui indique plusieurs penchants

2. imagination fertile

=> « chimère », « idéal » / un rapprochement à la nature « vallée, montagne » qui porte à écrire, l’imagination gambade, la poétique des paysages (cf. le 1er romantisme) / abondance des « , » , des « ; » qui font des phrases longues, le lecteur se trouve noyé par un flot d’images à l’image des pensées de René

3. solitude

=> un portrait spirituel et moral à la 1ère personne « m’, je, ma » / une solitude hypertrophiée « sans parents, sans amis, pour ainsi dire seul sur la terre » / remarquer l’absence d’autres personnages pouvant troubler l’introspection du bonhomme / typique du romantisme, un homme sans attache humaine qui n’a de complicité qu’avec l’immense nature, petit René monté sur la haute montagne

4. sentiment d’incomplétude

=> « appelant l’idéal objet d’une flamme future », « manquait », « la folie de croire » / un besoin d’infini « univers, les astres dans les cieux » comme s’il existait un néant des choses terrestres (une quête impossible ?)

CONCLUSION

Une certaine jouissance du personnage à l’analyse de son propre ennui (après tout, c’est son droit). Remarquer les traits communs avec l’auteur, cf. François-René Chateaubriand (le mal de René et « le mal du siècle » de Chateaubriand. Reprendre en une phrase les grands traits du romantique du XIXème. Eventuellement ouvrir intelligemment sur un autre héros du même genre (?)

Posté par MelanieLP à 15:46:00 - ღ0ღ. LETTRES MODERNES - Quelques mots? [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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