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André Gide: Le plus grand bonheur après qu'Aimer est de confesser son Amour...... pour sa passion. Mon aire de repos : un temps de pause, des pensées, des écrits (scolaires ou non), du ciné, des livres… I’m lovin’ it !

mercredi 15 décembre 2010

La Mort de César, Suétone

ORAL _ Suétone « La mort de César »


A) Suétone, le « chroniqueur »

    Suétone a vécu entre le Ier et II ème siècle aC. Il est principalement connu pour son La Vie des douze Césars. Il était secrétaire d’Hadrien ce qui lui permettait de superviser la gestion de la correspondance principale de l’Empire. Comme il l’est écrit dans la courte biographie précédant le texte, « par fonction il aim[ait] l’Empire, mais dans ses biographies il sembl[ait] détester les empereurs ». On connaît de lui sa réputation de « colporteurs de ragots » car il a recueilli de nombreuses histoires et anecdotes colportées par la rumeur. Même si l’authenticité de ses écrits n’est pas certaine, il en reste qu’ils donnent une idée assez fidèle de ce qui se disait au sujet des empereurs à son époque. 

B) Direction de la lecture

    Nous verrons comment, dans un style plutôt froid et sans ornement Suétone dresse le portrait de la naissance de la conspiration qui mettra fin aux jours de l’empereur Jules César le 15 mars de l’an 44.

C) Lecture du texte

D) Vocabulaire

    - fête des Lupercales: Dans la Rome antique, les Lupercales sont des fêtes annuelles célébrées à Rome par les luperques du 13 au 15 février, près d'une grotte nommée le Lupercal (située au pied du mont Palatin), en l'honneur du dieu des troupeaux, Faunus Lupercus. La fête des Lupercales est une fête de purification.
- les Parthes: peuple occupant un vaste territoire à l'est de l'Euphrate et qui avait infligé une sévère défaite aux légions romaines commandées par Crassus, en 53.
- la Curie: siège du Sénat.
- licteurs: constituaient l’escorte des magistrats.
- tribuns: représentants de la plèbe.
- comices: assemblées du peuple au nombre de trois.
- Champ de mars: les Romains baptisèrent « Champ de Mars » l’endroit exact où se déroula la bataille des derniers gaulois libres; Selon la tradition le corps de César sera incinéré en ce lieu.
- Ides de mars: correspondent au 15 mars dans le calendrier romain.
- haruspice: devin étrusque qui examinait les entrailles d’un animal sacrifié afin de prédire l’avenir.


E) Analyse linéaire de l’extrait


    I. Le prodrome de la conspiration:  contre le retour à la royauté: Introduction au texte ainsi que « Les conjurés […] le lieu et l’endroit opportuns ».

Contexte :
    Au sommet du pouvoir, César songe à se doter d'un titre royal qui assure la pérennité de son œuvre au-delà de la mort. Le 15 février de l'an 44 avant JC, à l'occasion des Lupercales, le fidèle Marc Antoine pose sur la tête de César le diadème des rois grecs. Mais la foule proteste et le dictateur ôte lui-même la couronne. Qu'à cela ne tienne, Jules César projette d'accepter le titre de roi pour la partie orientale de l'empire romain à l'occasion de la prochaine réunion solennelle du Sénat. Celle-ci doit avoir lieu le jour des Ides de mars en un lieu appelé «portique de Pompée», qui remplace la Curie, incendiée huit ans plus tôt.

Début de l’extrait
Suétone montre d’emblée les  nombreux opposants de César qui, « en secret ou ouvertement  « demandaient  des libérateurs ». Face à lui il n’y a pas seulement les « conjurés » qui l‘accusent d‘aspirer à la royauté qui est un régime honni par les romains, il y a aussi « le peuple  » qui reproche une « tyrannie » de celui qui s’est nommé « dictateur à vie ». L'on pourra donc noter que de cette opposition naît une certaine union, de « réunions dispersées » l'on passe à « une seule réunion », ce qui sous-tend déjà la possibilité d'un projet commun. La phrase « lorsque l’on admit des étrangers au Sénat » nous explique cette opposition, que l'on comprend comme étant due à une réforme politique entreprise.
S'ensuivent les paroles de ce que « l’on chante en ville » qui peuvent soulever un certain questionnement dès le premiers « vers » dirons-nous « Les Gaulois, César les traîne à son triomphe ». Ces paroles font en réalité référence à la dictature de César : en effet il avait reconstitué les effectifs du Sénat pour compenser les pertes de la guerre et y avait inscrit des Gaulois cisalpins et des Espagnols. Alors que Sylla avait fixé l’effectif à 600 sénateurs, César le fait passer à 800 ou 900. Donc, après avoir triomphé des gaulois César les a fait entrer à la Curie…
    S’ensuivent des anecdotes dont celle de Quintus Maximus, un des consuls suppléant nommé par César pour trois mois. Lorsque le public s’écrie qu’il n’est pas consul, on peut voir ici qu’il ne reconnaissait pas la validité de l’élection tout à fait arbitraire de ce dernier. On relèvera, en ce qui concerne le socle des statues un chiasme central quant aux revendications des opposants de César:  Brutus qui, après avoir chassé le dernier roi Tarquin fut nommé Consul pour la première fois, alors que César qui a chassé les Consuls a finalement été roi. On peut ici lire l’ironie certaine de ces mains qui ont écrit sur le socle de la statue de César. De nouveau la récurrence du problème posé par la royauté envisagé par César est retranscrite.
    La peinture de cette insatisfaction peut être vue comme un véritable prodrome (à savoir un signe avant-coureur précédant une crise) découle assez naturellement l’apparition de la conspiration. Suétone semble suivre un schéma des plus simplistes à la manière d’un enthymème (donc un raisonnement logique en deux temps), sans s’embarrasser d’ornements quelconques: Si César ne satisfait plus alors il va être puni (et tué, savons-nous). On notera l’abondance du champ lexical du crime à venir avec « conspiration fomentée contre lui, attentats, le jetteraient, massacrer, l’attaqueraient ». L’agressivité de ces termes trouve sa conclusion dans cette « froideur polaire » de Suétone qui écrit « Le jour des Ides de mars, ils trouvèrent le lieu et l’endroit opportuns », comme s’il s’agissait d’une simple réunion ou de quelque chose sans trop d'envergure.
    Nous préciserons un point quant à l'onomastique. Dans la fomentation de la conspiration sont cités Caïus Cassius, Marcus et Decimus Brutus. Il faut savoir que César avait désigné Marc Antoine comme consul et Marcus Junius Brutus et Cassius comme préteurs. Selon Plutarque, la déception de Cassius qui espérait le consulat est une des raisons qui le conduisit à comploter. Tous les historiens romains le présentent comme l’instigateur principal du complot contre César.

    II. Les « auspices » annonçant le meurtre à venir: « Cependant, des prodiges spectaculaires […] les portes de la chambre s’ouvrirent toutes seules ».

    L’on se souviendra de Romulus et Remus chacun sur un mont consultant les auspices pour savoir à qui il reviendra de former Rome… La suite de l’extrait, introduite par « des prodiges spectaculaires ont annoncé ce meurtre encore à venir » semble de manière comparable tenir lieu d’auspices. Le premier « fait » rapporté, au sujet des ossements de Capys, compagnon ou cousin d’Enée, annonçant la mort d’un descendant de Iule (autre nom d’Ascagne, fils d’Enée) semble quelque peu fantaisiste, et Suétone semble le reconnaître lui-même lorsqu'il prévient d'avance les objections qu'il pourrait recevoir. En rhétorique cela a un nom, la « prolepse », autrement nommée « anticipation ». Ainsi il conserve le caractère authentique de son récit  « Ce fait ne saurait être tenu pour une affabulation ou une histoire inventée, puisqu’il est attesté par Cornelius Balbus, ami intime de César ». L’on aurait presque envie de dire « Ah, si c’est l’ami de César alors, qu’y a-t-il à redire? »… Mais il est tout de même permis de se demander  s’il ne regarde pas avec un certain recul  cette idée que Jules César serait un réel descendant d’Enée, ce qui étayerait l’idée d'une origine divine de César. S’ensuivent des chevaux qu’il avait déclaré sacrés qui refusent toute nourriture, puis la prédiction faite d’après les entrailles d’un animal sacrifié, le roitelet qui peut être vu comme une métonymie (ou image) de César tué alors qu’il apportait un rameau de laurier (rameau de laurier, aussi porté par les généraux vainqueurs lors du triomphe et des fêtes solennelles), son rêve où il sert la main de Jupiter, les cauchemars de sa femme Calpurnie et pour couronner le tout « une sensation de mauvaise forme physique »…

    L’on fera une petite parenthèse pour noter dans ce passage la mention au Rubicon. Le Rubicon était un petit fleuve dont le Sénat avait interdit la traversée avec une armée sauf autorisation. En l’an 40 aC César l’a franchit avec ses troupes, lançant ainsi un défi mortel au Sénat qui dirigeait la République.


   
    III. Le jour des Ides de mars:  César assassiné: « En raison de tous » jusqu’à la fin.

    Malgré tous les signes qu'il a pu avoir, malgré les avis de ses proches et de Calpurnia, sa femme, il décide de se rendre au sénat. On retrouve une isotopie de l'indécision «hésita longtemps », « il faillit rester chez lui ».  C'est finalement Decimus Brutus (un des conspirateurs) qui fait pencher la balance en lui disant qu'il ne fallait pas décevoir les sénateurs « qui l'attendaient déjà depuis longtemps ». Suite à son hésitation on sent un César qui se plie cependant à son devoir plutôt à contre cœur « Mais...il sortit finalement ». Ainsi Brutus, par ses paroles raisonnées semble se placer du coté de César:  il vaut mieux que César ne se montre pas négligent vis-à-vis du Sénat afin que sa décision soit plus facilement acceptée, ou moins contestée. Cependant en avançant plus rapidement dans la lecture on pourra lire à travers les termes de « ne pas décevoir les sénateurs », une incitation à ne pas aller contre le désir sénateurs, donc des conspirateurs d'assassiner César ce jour là. Rappelons  que les conspirateurs faisaient partie des sénateurs.
Après s'être plié à l'avis de Brutus, César se rend au Sénat, plutôt sûr de sa personne il  ne soupçonne rien comme quand Artémidore de Cnide (un Grec qui enseignait la rhétorique et à littérature à Rome) vient à sa rencontre et lui remet un billet qui dénonce la conspiration, auquel il ne jette pas même un œil. L'on a jusqu'à la fin de ce paragraphe comme un sentiment de lenteur, la narration s'appuie sur des éléments la structurant et la ralentissant, “il sortit finalement”, “il rangea”, “puis, après avoir...”. César prend donc son temps, comme s'il se jouait de tout, comme si le fait de se faire attendre acroissait encore son pouvoir vis-à-vis des sénateurs. Il va donc d'abord voir Spurinna pour obtenir des présages favorables, même s'il sort de chez ce dernier sans en avoir eu et se moquant même de l'haruspice. Les haruspices et les présages étaient pourtant très suivis à Rome, on les consultait avant de prendre une décision, et ce jusqu'à la chute de l'Empire romain. Ainsi César semble aller au devant de la mort presque en connaissance de cause mais sans la craindre.
    Dès l'instant où César arrive enfin au Sénat, qu'il s'assied, le récit semble s'accélérer. Et on le voit tout simplement au niveau graphique. Alors que la fomentation et les auspices reçu s'étendaient sur trois pages, en même pas une seule voilà le complot atteignant son objectif. Nous ne sommes donc plus dans la marche lente de César vers le Sénat, mais dans l'empressement des conspirateurs d'en finir “les conjurés l'entourèrent aussitôt”.  L'on a une abondance de verbes mimant l'action. Cimber Tullius s'approche, César le congédie d'un geste. Alors Tullius, mimant ou éprouvant une réelle colère, se jette sur César et le prend par les épaules. C'est le signal et tous les conspirateurs se jettent sur lui, César cherche à se défendre avec son stylet ( petit poignard à la lame effilée), blesse Cassius, mais tombe sous le nombre des assaillants: Cimber Tullius, les deux Cassius, les deux Brutus, etc. "il était de tous cotés menacés par des poignards". Le corps de César se trouve finalement percé de 23 coups de couteaux mais avant de mourir Suétone précise qu'il avait pris soin d' "abaiss[er] le pli [de sa toge] jusqu'au bas de ses jambes, pour tomber décemment, avec le bas de son corps voilé". L'on pourra noter que soucis de décence est récurrent dans les écrits latins, cette scène n’est pas sans rappeler la mort de Lucrère selon Ovide. Dans Les Fastes "Alors [Lucrèce], même en mourant, prit garde de tomber avec décence: tel était son souci dans sa chute." La description précise de cette mort semble, selon la terminologie de Genette, comme une véritable  scène (avec un temps du récit semblant correspondre à celui de l'histoire), ce qui fait que le récit est rendu plus réel encore, à la manière d'une hypotypose.
     Du lieu nous préciserons quelques points: le sénat s'était rassemblé dans la Curie de Pompée, où était une statue de ce grand rival de César, Plutarque affirme que c'est au pied de cette statue que serait tombé César, comme mourant, vaincu, au pied de son rival. Hasard ou volonté des conspirateurs pour humilier leur victime dans la mort même, la question se pose étant donné toute l'hésitation qu'ils avaient eu quant au lieu de l'assassinat.
Nous vous invitons à regarder le document distribué et en particulier le tableau de Camuccini. On remarquera le meurtre se faisant au pied de la statue de Pompée ainsi que l’inintervention des autres sénateurs.
    De plus il est célèbre qu'en mourant César aurait dit à Brutus "toi aussi mon fils"  . Pourtant cela est assez controversé : certains auteurs ne le mentionnent pas, d'autres en latin tu quoque mi fili (alors que Suétone rapporte que César l'aurait dit en Grec “kai su tekmon”) ; de même la relation entre César et Brutus porte à confusion, fils adoptif ou fils biologique ? même si la première hypothèse semble la plus communément acceptée.
    Une fois César mort, les conspirateurs s'enfuient. Suétone, a aucun moment ne parle des autres sénateurs (mentionnés par d'autres auteurs où leur effroi est commenté), de même il explique que le corps de César est laissé un "long moment", sans que les sénateurs semblent s'en approcher, et c'est finalement des esclaves qui s'occupent de le rapporter chez lui.

E) Conclusion

        En conclusion notre extrait s’achève sur les trois esclaves emmenant le corps. Par la suite il est écrit que les conjurés furent obligés de renoncer à leur dessein de traîner son cadavre dans le Tibre, par cette idée l’on a une preuve supplémentaire de jusqu’où la personne de l’Empereur avait été déchue par les sénateurs. Les chapitres suivant concernent son testament, son enterrement. Alors que l’on restait sur cette triste fin de César Suétone ne manque cependant pas de préciser que ce dernier fut mis au nombre des dieux.
F) Autres supports ayant pour thème « La mort de César »

- Tite-Live « Dans le premier moment, tous ceux qui n'étaient pas du secret furent saisis d'horreur ; et, frissonnant de tout leur corps, ils n'osèrent ni prendre la fuite, ni défendre César, ni proférer une seule parole. Cependant les conjurés, tirant chacun leur épée, l'environnent de toutes parts ; de quelque côté qu'il se tourne, il ne trouve que des épées qui le frappent aux yeux et au visage : telle qu'une bête féroce assaillie par les chasseurs, il se débattait entre toutes ces mains armées contre lui ; car chacun voulait avoir part à ce meurtre et goûter pour ainsi dire à ce sang, comme aux libations d'un sacrifice. Brutus lui-même lui porta un coup dans l'aine. Il s'était défendu, dit-on, contre les autres, et traînait son corps de côté et d'autre en poussant de grands cris. Mais quand il vit Brutus venir sur lui l'épée nue à la main, il se couvrit la tête de sa robe et s'abandonna au fer des conjurés. Soit hasard, soit dessein formé de leur part, il fut poussé jusqu'au piédestal de la statue de Pompée, qui fut couverte de son sang. Il semblait que Pompée présidât à la vengeance qu'on tirait de son ennemi, qui, abattu et palpitant, venait d'expirer à ses pieds, du grand nombre de blessures qu'il avait reçues. Il fut percé, dit-on, de vingt-trois coups ; et plusieurs des conjurés se blessèrent eux-mêmes, en frappant tous à la fois sur un seul homme. »

- Tragédie de Voltaire(1736)

- « La mort de César » _ Tableau de Vincenso Camuccini, peintre italien néoclassique (1771-1844)




Posté par MelanieBP à 23:34:00 - ღ0ღ. LETTRES MODERNES - Commentaires [0] - Permalien [#]

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