vendredi 2 octobre 2009
Extrait de René [Chateaubriand] : commentaire de texte
TEXTE
« On m'accuse d'avoir des goûts inconstants; de ne pouvoir jouir longtemps de la même chimère, d'être la proie d'une imagination qui se hâte d'arriver au fond de mes plaisirs, comme si elle était accablée de leur durée on m'accuse de passer toujours le but que je puis atteindre: hélas! je cherche seulement un bien inconnu, dont l'instinct me poursuit. Est‑ce ma faute, si je trouve par tout des bornes, si ce qui est fini n'a pour moi aucune valeur? Cependant je sens que j'aime la monotonie des sentiments de la vie, et si j'avais encore la folie de croire au bonheur, je le chercherais dans l'habitude.
La solitude absolue, le spectacle de la nature, me plongèrent bientôt dans un état presque impossible à décrire. Sans parents, sans amis, pour ainsi dire seul sur la terre, n'ayant point encore aimé, j'étais accablé d'une surabondance de vie. Quelquefois je rougissais subitement, et je sentais couler dans mon cœur comme des ruisseaux d'une lave ardente; quelquefois je poussais des cris involontaires, et la nuit était également troublée de mes songes et de mes veilles. Il me manquait quelque chose pour remplir l'abîme de mon existence : je descendais dans la vallée, je m’élevais sur la montagne, appelant de toute la force de mes désirs l’idéal objet d’une flamme future ; je l’embrassais dans les vents ; je croyais l’entendre dans les gémissements du fleuve ; tout était ce fantôme imaginaire, et les astres dans les cieux, et le principe même de vie dans l’univers. »
Attention ! Ce qui suit n’est qu’une aide pour rédiger un éventuel commentaire. Les grandes idées sont là mais vous êtes vivement encouragés à “broder” autour (et à en trouver d’autres)... Pensez cependant à ménager les transitions. Naturellement votre problématique peut être différente...
INTRODUCTION
- par Chateaubriand
- publication en 1802, tout début du XIXème siècle
- suite d’Atala
- situation géographique, paysages du Nouveau Monde, tribu de Chactas
- récit introspectif à la 1ère personne (Attention ! Il semblerait que l’on ait souvent tendance à omettre ce qui nous semble le plus logique : c’est un roman ? dites-le ! une pièce de théâtre ? dites-le ! Pensez au genre !)
PROBLEMATIQUE
En quoi la description du mal-être et l’extrême sensibilité de René font de ce personnage un héros romantique ?
ou
En quoi les incertitudes de René font de ce personnage un héros romantique ?
ð Annonce du plan
PLAN
Rq : Bien penser à introduire dans votre commentaire des remarques sur les figures de style, la mise en forme, les changements de temps, de voix... Certes ça ne parait pas toujours d’un intérêt déboussolant mais c’est indispensable ! Ainsi vous montrez que non seulement le texte a été compris mais qu’en plus vous savez vous resservir des outils gentiment donnés par votre professeur (adoré).
I. Une manifestation d’un mal-être moral et physique
1. mal-être moral
=> champ lexical de l’accusation, de la faute « on m’accuse, est-ce ma faute ?, accablé, un état presque impossible à décrire » / champ sémantique de la confusion, René est perdu dans le néant « l’abîme de mon existence »
2. mal-être physique
=> champ lexical de la sensation d’enfermement « proie, instinct me poursuit, fond, borne» / un comportement impulsif quasi bestial « instinct, cris involontaires » / embarras visible, physique « je rougissais subitement»
II. La douleur d’un état mais aussi ses attraits
1. douleur
=> la négation « ne pouvoir jouir, aucune valeur, n’ayant point encore aimé » / répétition de la préposition « sans » / interjection « hélas » / souffrance « cris, gémissements, folie, nuit troublée »
2. attraits
=> le bonheur dans la monotonie (cf. vie monastique qui tenta l’auteur comme René) / « une surabondance de vie », René ressent le besoin de s’abandonner dans ses passions (et les passions font vivre…) / une allusion à l’amour, source d’espoir « désirs, flamme, jouir, embrassais, gémissements »
Rq : Contrairement à d’autres héros romantiques comme Oberman de Senancour, René n’est pas si désespéré, au contraire il semblerait tirer quelque satisfaction à sa souffrance qui lui donne une grande imagination et qui confirme sa grandeur d’âme « une grande âme doit contenir plus de douleur qu’une petite »… Et, à la différence du Werther de Goethe, comme l’a dit Ste Beuve pas très gentiment « on sent en le lisant qu’il guérira, ou du moins qu’il se distraira »…
III. Traits essentiels du héros romantique
1. inconstance
=> René, homme de contrastes « goûts inconstants », des plaisirs éphémères / parallélisme de construction « je descendais dans la vallée, je m’élevais dans la montagne » / adverbe « cependant » qui indique plusieurs penchants
2. imagination fertile
=> « chimère », « idéal » / un rapprochement à la nature « vallée, montagne » qui porte à écrire, l’imagination gambade, la poétique des paysages (cf. le 1er romantisme) / abondance des « , » , des « ; » qui font des phrases longues, le lecteur se trouve noyé par un flot d’images à l’image des pensées de René
3. solitude
=> un portrait spirituel et moral à la 1ère personne « m’, je, ma » / une solitude hypertrophiée « sans parents, sans amis, pour ainsi dire seul sur la terre » / remarquer l’absence d’autres personnages pouvant troubler l’introspection du bonhomme / typique du romantisme, un homme sans attache humaine qui n’a de complicité qu’avec l’immense nature, petit René monté sur la haute montagne
4. sentiment d’incomplétude
=> « appelant l’idéal objet d’une flamme future », « manquait », « la folie de croire » / un besoin d’infini « univers, les astres dans les cieux » comme s’il existait un néant des choses terrestres (une quête impossible ?)
CONCLUSION
Une certaine jouissance du personnage à l’analyse de son propre ennui (après tout, c’est son droit). Remarquer les traits communs avec l’auteur, cf. François-René Chateaubriand (le mal de René et « le mal du siècle » de Chateaubriand. Reprendre en une phrase les grands traits du romantique du XIXème. Eventuellement ouvrir intelligemment sur un autre héros du même genre (?)









