vendredi 17 août 2007
L’affaire Dominici, de Pierre Boutron, avec Michel Serrault, Michel Blanc et Thomas Jouannet.
Dans un cadre peut-être peu propice, au beau milieu du contenu de l’intérieur de mes placards, pour le moment étalé sur le sol, je mets la main au clavier, gagnée par l’émotion. Troisième fois déjà que je regarde l’excellent L’Affaire Dominici de Pierre Boutron.
L’histoire, comme bien d’autres tout aussi horribles, est tristement célèbre. Nuit du 4 au 5 août 1952, six coups de feu sont tirés vers 1 heure 10 du matin. Quelques heures plus tard sont retrouvés les corps sans vie de trois anglais, sir Jack Drummond (deux balles), sa femme Anne (3) et leur fille Elizabeth, la tête fracassée par des coups de crosse, borne 32 de la nationale 96, à quelques kilomètres de Lurs et sur les terres de Gaston Dominici. Le commissaire Sébeille (joué par un Michel Blanc hautain et détestable) est chargé de l’affaire. Instantanément, il soupçonne Gaston Dominici (Michel Serrault), ce vieux bougre amoureux de sa Grand-Terre et poussera au
grand jour les vieilles histoires de famille afin de faire avouer son coupable tout trouvé. Abusant de la vulnérabilité du fils cadet, Gustave (Bruno Slagmulder) et de la haine déclarée de Clovis qui se pense détesté de son père, Sébeille amènera les deux fils à accuser leur propre père. Cette affaire fut suivie avec alacrité par plusieurs journalistes, qu’ils soient français ou étrangers. Dans la représentation filmographique, la conscience même du journaliste professionnel est interprétée par le plus beau et le plus exaltant des acteurs français, Thomas Jouannet, qui joue Lukas Fabre. Lukas, dégoûté par les membres de sa profession qui se jettent sur les ragots et les sales histoires comme des lions affamés, transforme cette affaire en une affaire personnelle où il se charge de mettre à jour la vérité. Rapidement, il se prend d’amitié pour le vieux frustre, et l’aide autant qu’il peut, il ne vivra que pour sa défense durant de longues années. Le procès débutera le 17 novembre 1954. Après une douzaine de jours d’audience, où s’accumuleront des aveux grotesques tels que Gaston, 77 ans, ayant possédé Lady Dummond, une défense maladroite et peu loquace, et malgré l’absence de preuve, Gaston Dominici est déclaré coupable, sans circonstance atténuante, donc condamné à la mise à mort. Une contre-enquête fut menée, et en 1957 la peine fut commuée. En 1960, sous ordre du Général de Gaulle, Gaston Dominici fut libéré. Il mourut en 1965 sans que l’on sache exactement son degré d’implication.
Bien, ce film est excellent et bien impliqué. La thèse beaucoup plus ardue selon
laquelle Jack Drummond aurait en réalité été un agent secret à la retraite est celle défendue avec alacrité par Lukas Fabre. L’assassinat des Drummond serait donc lié à des règlements de comptes post-résistance et n’aurait rien à voir avec un conflit familial autour de la grand-terre. De facto, on ressort de ce film avec la sensation d’une énorme erreur de justice, où un innocent aurait servi d’exemple dans des conflits internationaux, patriarche s’accusant pour sauver sa famille. Le crime passionnel, qui fut la thèse officielle à l’époque porte plus du grotesque dans cette représentation, surtout lorsque l’on sait qu’au moment des faits, Gaston avait 75 ans.
NB: En réponse à la question que j'ai remarquée à plusieurs reprises sur internet, à savoir si le personnage de Lukas Fabre a réellement existé. Contrairement à tous les autres personnages du film, Lukas a été inventé. Mais attention, rien de fantaisiste à cela, Lukas symbolise à lui seul tous les journalistes de l'époque ayant défendu l'innocence de Gaston Dominici. Et il faut reconnaitre que voilà là un très beau rôle pour Thomas Jouannet, et un beau clin d'oeil aux journalistes défendant l'honneur de leur profession corps, coeurs, et âmes...
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