samedi 30 juin 2007
De la beauté des mots : l’art de pérorer, synonymes précieux
J’ai ajouté une rubrique dans les catégories, intitulée « De la beauté des mots : l’art de pérorer, synonymes précieux». J’ignore si je l’enrichirai souvent ou non, seulement à la minute actuelle, elle me parait importante, même si j’aurai du noter ces mots depuis longtemps. Bref, dans quel but me direz-vous ? Le plus simplement du monde, comme je l’expliquais dans l’article sur le mot « hypocoristique », certains mots de nos belles lettres françaises ont le méritent de résonner avec distinction. Pourquoi parler en de termes de tous les jours (langage vulgaire au sens premier du terme) alors qu’il nous est possible de pérorer dans un style fin et gracieux ? Alors, voilà, je déposerai ici mes coups de cœur pour tel ou tel mot, et vous invite chaleureusement, si l’envie vous en dit, de m’y aider avec vos ressentis. Ne lésinez (ou liardez) pas sur l’emphase ^^.
- duchesse
- précieux
- pernicieux au lieu de mauvais
- éminence
- phraséologie
- courtois
- gracieux
- fulgurer au lieu de briller
- sardonique, narquois au lieu d’ironique
American Psycho, de Mary Harron & L’interprète, de Sydney Pollack.
Le bord de mer c’est le bonheur d’une semaine avec des personnes admirables… Hi hi MC, n’oublie pas que nous devrons toutes deux partir à la conquête d’un monsieur B. sur le sol français d’ici quelques années afin d’avoir LA vie parfaite (chose dont je n’ai aucun doute que nous obtiendrons)…
Et ce fut aussi deux soirs de purs « thrillers »… J’ai quelques réticences à en parler ici car cela a un réel goût de « gore », chose encore non-vue sur ce site, mais mon âge me pousse à l’honnêteté, alors allons-y…
American Psycho, de Mary Harron. 
Du coup je ne suis pas très rassurée d’être seule dans ma chambre à écrire sur ce « dark movie »… Bouh, délicieuse odeur de la mer et de… soutenez moi. « Golden boy le jour, Serial Killer la nuit. » Prometteur. Il est beau, il est jeune, il a de l’argent (mais n’en parlons pas en bonne société). Bref, c’est un « golden boy ». Le film débute avec tous les soins qu’il se fait pour avoir sa peau de rêve, et, ne serait-ce qu’avec cette scène innocente, on sent déjà un bonhomme pas net et tracassé. S’ensuit cette désagréable sensation lors du passage des cartes de visites. Notre coco pâlit et se met à trembler lorsqu’il découvre que des collègues possèdent une plus belle carte de visite que lui. Mémorable. Et surviennent les scènes nocturnes. Argh, mon plancher vient de craquer, il est bientôt minuit, seul mon petit frère est dans la maison, grrrrr, je finis vite. Alors la nuit il tue, des prostituées surtout, après les avoir filmées et fait valoir son statut de mâle. Plus les nuits passent, plus c’est terrifiant, son imagination n’est jamais à court, chaque meurtre sanglant est fait dans l’original. La dernière femme est tuée par une tronçonneuse. J’ai assez mal vécu le passage, heureusement que vous étiez là.
C’est dark n’est-ce pas ? Vraiment très gore, on ne regarde pas cela quand on est une jeune fille de 17 ans… Eh, attendez, je pourrais aussi vous parler d'Happy Tree Friends, qui n'est pas mal gai non plus... Moui. Mais attendez, là est le revirement, dans les dernières minutes. Il se rend compte qu’en réalité, tous ces meurtres, environ quarante ne se sont produits que dans son … esprit. Véritablement torturé, il est dans l’incapacité depuis le début de déceler le vrai du faux, et du coup, nous aussi. Le film achevé, encore tremblants, bien assis, on s’interroge encore sur tel ou tel passage. Cette soif de tuer, cet homme qui ne ressentait aucune émotion, est-il oui ou non un serial killer ? Que vaut l’enquête, la présence de l’inspecteur ? Pourquoi tel homme a-t-il disparu ? Ces cadavres dans cet appartement, inventés ? Ou l'appartement nettoyé?
Argh, je stresse, j’arrête, je passe à l’autre film.
L’interprète, de Sydney Pollack.
Interprète à l’ONU, Nicole Kidman entend par mégarde qu’un dictateur convoqué très prochainement à l’ONU va être assassiné. Enquête, retour sur le passé, petits coups de stress. Deux heures. Long. Enfin, l’inspecteur m’était sympathique, et ce sera tout pour la familiarité.
Me voilà à jour ! Eh, eh, maintenant, j’ai autre chose à rattraper… Le sommeil en fait partie, j’ai adopté un rythme de vie auquel il ne participait que peu… Et puis, cela m’aidera à oublier que j’ai quitté le monde des Ducs ^^, ce qui n'est pas très "gaiy" en soi.
Un dernier mot ? Push it, push it, look me working… I’m perfect !
vendredi 29 juin 2007
Belle du Seigneur, Albert Cohen & Entretien avec un vampire, Anne Rice.
Comme annoncé sous cape, partie passer une semaine en bord de mer dans un cadre si idyllique que je peine à laisser mes voiles de duchesse et recouvrer ma petite vie. Alors, faisons dans l’ordre, oublions le mode duc un instant et concentrons nous sur les mises à jours. Soyons fous.
Belle du Seigneur, Albert Cohen.
Hélas je n’ai pas noté le jour où j’ai commencé ce livre. A vue d’œil, je dirais que c’était il y a de cela environ trois mois. J’avais entendu que ce roman était le chef-d’œuvre de la littérature amoureuse alors comme je le fais si souvent, je m’étais lancée. Pas à corps perdu au départ. Ce livre avait sa pièce, il n’en sortait pas, je le découvrais tous les matins vingt minutes avant d’aller en cours, il a passé le bac à mes côtés. Valeur sentimentale. Bref, mon ressenti ? Départ qui semble lassant car tellement banal. Une épouse, belle à être volée, un époux « couillon » à faire rire. Lui, c’est le mari typique amoureux de sa femme, qui part travailler tous les matins, qui se plait à lui-même, qui pense que sa petite tête ronde attendrit madame. Elle, est légère et a l’âme qui vagabonde. Petite fille dans un corps de femme. Le couple classique, avec ses petites habitudes qui font que l’ennui s’installe vite si le lecteur n’est pas accroché. Et ce gentil cadre qui se dépeint sur tout simplement… 400 pages ! Je dois avouer que le découragement m’ensevelissait parfois, d’autant plus que les pages entières sans ponctuation, à l’effigie de madame, me paraissaient parfois bien amères. Mais, ce serait oublier que la dame est plus que charmante, une déesse envoyée sur terre. En quelques pages c’est le retournement de situation. Solal se met en tête de séduire la belle Ariane. Par une éloquence quasi-parfaite et un physique enchanteur, il la conquiert dès le premier soir. Et c’est des baisers dans le salon, le pauvre mari étant parti en mission. Des baisers et toujours des baisers, des regards langoureux, amoureux. Les deux tourtereaux semblent seuls au monde, ils s’aiment, la vie brille devant eux, chaque journée se destine à la préparation du soir 21 heures, heure où leurs lèvres se rejoignent. Le matin ils se quittent. Tous les matins ils se quittent, avec l’espoir du soir où chacun reverra le reflet de son cœur. Et nous lecteurs, le bon mari, il nous sort un peu de l’esprit, on est enthousiastes devant tant de perfection et d’amour. On savoure. Cependant, le mari, lui, sa femme il ne l’oublie pas, le retour de mission se précipite. Un beau soir, il sonne à la porte de chez lui. Ariane n’attendra pas. Le lendemain matin, alors que le pauvre bougre lui portait son thé au lit, il trouve une lettre de sa femme, qui lui annonce qu’elle est partie. Il tente alors de se suicider sans grand succès, il n’en sera plus question dans ce roman. Solal et Ariane, quant à eux, filent toujours le parfait amour. Cela dure plusieurs mois, ils se sont installés dans un luxueux hôtel en bord de plage, il est son Seigneur, son Maître, son Aimé. Hélas, ô combien hélas, très vite leur seul amour ne les contente plus. Ils se le cachent longtemps mais n’ont plus rien à se dire, ils ne sont plus parfaits. Cet amour laisse deviner un peu de superficialité, en effet, ces longues préparations pour plaire à l’autre le déshumanisent. Ils s’aiment, mais de guerre lasse, la fougue des premiers soirs ne devient qu’un lointain souvenir. Et peu à peu, on sombre avec nos deux héros, partageant leur souffrance réciproque, si proches de nous mais aussi si lointains. Le lecteur est chamboulé par la houle de ces sentiments, tant que l’on perçoit avant eux la seule issue possible pour nos deux amants aux corps si parfaits.
En résumé, je crois que ce roman est vivement conseillable, aux femmes surtout me semble-t-il. Par compassion, je vous avertis qu’il faudra sûrement que vous sautiez quelques pages pour mieux le savourer. On apprend aisément à savourer les petites habitudes d’un couple. Ce qui pouvait paraître un peu « cucul » en début de livre, lorsque le petit Deume préparait la bouillote à sa femme ainsi que mille autres petites attentions, rayonne par effet contraire lorsque l’on constate les drames d’un couple avant tout corporel. A méditer.
Entretien avec un vampire, Anne Rice.
Un tout autre genre à n’en point douter… Mais cela est de la belle littérature, Anne Rice possède une plume qui glisse admirablement bien.
« Je crois avoir eu un frisson de délice en entendant ces mots : ‘Que la chair instruise l’esprit.’ ».
Je ne déborderai pas de plus que quelques gouttes. Il me semble que le thème du vampirisme n’est pas à considérer comme seulement terrifiant, bien au contraire, c’est un appel du corps, une dimension que l’on pourrait aisément qualifier d’érotique même. Et c’est en cela que l’on ressent la puissance de ce genre d’écrits, quand le corps lutte contre l’esprit et vice-versa. L’aspect psychologique, voire psychanalytique n’est sûrement pas à omettre.
L’histoire de Dracula et de ses « fils » n’a jamais manqué d’être passionnante…
lundi 25 juin 2007
Fauteuil d’orchestre, de Danièle Thompson.
Titre prometteur… qui tient ses promesses. Fauteuil d’orchestre. Le cadre était charmant, en bord de mer, canapé bleu et blanc, deux personnes charmantes et un bon film… Que rêver de mieux ? Une histoire de destins croisés qui s’entremêlent et se démêlent au grand plaisir du spectateur qui se laisse embarquer par cette houle sentimentale. Le résumé pour commencer : « Une actrice populaire mais rêvant de cinéma intimiste, un pianiste surdoué qui rêve de jouer devant un public ignorant et naïf, un collectionneur qui vend en un soir toute l'œuvre de sa vie, une jeune provinciale qui tente sa chance à Paris, car sa grand mère lui a dit : "je n'avais pas les moyens de vivre dans le luxe, alors j'ai décidé d'y travailler." Tous ces personnages et leurs compagnons vont se croiser et se retrouver le temps d'une soirée au Café des Théâtres, où ils viendront soigner leur névrose devant un café ou un "tartare frites". ». Bref, admirablement réjouissant. Je préciserai pour les adeptes du piano que l’on retrouve de très bons morceaux prenants, je cite Tchaïkovski par exemple. Visons un large public, pour les adeptes du théâtre, on admirera l’aisance avec laquelle l’actrice s’approprie la pièce qu’elle joue, l’insertion d’humanité dans une pièce sensée être démunie de sentiments est indéniablement nécessaire. Quant à la petite Jessica, une véritable petite fleur, une bouffée d’oxygène et de liberté. Un seul mot pour terminer, car étant au bord de la mer, je ferai bref : SAVOUREZ.
Bien le bonjour maritime à tous ! Carpe Diem.
mercredi 20 juin 2007
De la bévue française...
Premier soir dans un cadre idyllique… Aussi premières infos communes. Mémorable moment que la rencontre entre notre Président Sarkozy et PPDA accompagné de Claire Chazal. On sent comme une petite tension, madame Chazal est rayonnante, tandis que PPDA prononce quelques saillies, témoignages de son bel esprit. Ses questions fleurtent avec un aspect personnel...Une histoire de femme (Claire) qui lui fait oublier si aisément qu’il se trouve en présence de monsieur le président ? Bref, on sent notre présentateur sur un terrain marécageux jusqu’à ce qu’il glisse (ou s'enfonce) réellement. Paroxysme de la gausserie lorsqu’il compare Nicolas Sarkozy à « un petit garçon fébrile dans la cour des grands »… Exquis... Même si cela risque de faire du bruit… Peut-on jouer avec le Président? L'avenir nous le dira...
NB : Aujourd'hui en ce 1er juillet, l’on pourra se demander quelle destination de vacances prolongées a été élue par PPDA… A moins qu'il ne soit question d'une résidence secondaire, sorte d'abri en bord de mer... Même pas la météo de 7 heures du matin me disiez vous? Vous me manquez... Alala...Hi hi...
lundi 18 juin 2007
Mes bolasses
Outrage ! Honte à moi ! Sur ce site tout ce que j’aime et je ne parle pas de mes chouchous adorées ! Mes anti-stress du bac, mes bouffées d’oxygène, mes sorties nocturnes… MES BOLASSES rien qu’à moi. Elles sont belles et sociables, ensemble on rencontre plein de gens, je les aime. Et oui, à défaut de s’attacher à la chaire, on s’attache au plastique et le substitut est bon ! Hi hi !
dimanche 17 juin 2007
Angel, François Ozon.
Chers amis, chers frères internautes… Il est vrai qu’un retard quant aux mises à jours est fort visible ici… Mais réjouissons-nous, voilà que le bac est terminé. Et comme l’a dit une amie à qui je tiens beaucoup (tu vois l’idée MA Gaby), maintenant que l’éducation du corps a été réalisée grâce aux sciences, nous avons tout le loisir de s’enrichir l’esprit d’effluves littéraires…
Sorti mi-mars 2007… patienter jusqu’à ce lundi 4 juin pour le voir débarquer sur nos écrans de montagnes reculées. Mais ce n’est que trois frêles mois dirons-nous, et puis, de nos jours le romantisme intéresse tant que la salle était si bondée qu’il a presque fallu se battre…avec les sièges (sur moi ! sur moi ! pas lui !)… Bref, Angel, de François Ozon…
Comme il se dit dans le langage novice typique de l’adolescence, « la pure classe » fut que le film soit en VO. Mmmm, succulentes voix anglaises qui n’auraient pu être dépeintes en français (malgré les efforts). J’aime l’anglais (pas seulement en raison de l’excellent bac littéraire qui nous a été proposé en tant que scientifiques). Pas autant que le français, peut-être car il m’arrive de perdre mes mots, mais je le trouve charmant. L’anglais mais aussi les anglais au sens masculin du terme, je n’ai jamais rien eu contre le prince William, le parti est à considérer. Mais que dis-je ? Pas de partis pris dans l’Amour ! Nah ! Voilà que je perds le fil, boucles blondes, yeux bleus, et look point-frenchy, reculez, je m’apprêtais à causer Lettres là.
L’histoire. Situez-vous, Angleterre, début des années 1900. Une épicerie piteuse mais chérie. Deux femmes. L’une est la mère, l’autre la fille. La première travaille avec alacrité à subsister, l’autre est fleur bleue et c’est bien le cas de le dire. (Pour de plus amples informations, se référer à La Cigale et la Fourmi, de ce sardonique de La Fontaine). Angel Deverell ne vit que par et pour le romantisme, n’aspire qu’à écrire et puise chacune de ses inspirations dans les mots… de son cru. Persuadée de son talent, elle ne doute pas que le roman qu’elle rédige sera un chef d’œuvre qui la fera enfin exister aux yeux du monde. Dernier mot déposé sur papier, elle envoie son trésor. Les mois passent puis elle reçoit un courrier de l’éditeur la conviant à Londres. Tadam, Angel la exigeante déboule et se montre outrée lorsque le sieur éditeur lui réclame quelques modifications, la demoiselle ayant la plume bien libre. Hautaine, elle sort mais bien vite il la retrouve (ces moments où un homme court après une femme ont toujours eu un côté sublime à mes yeux). Et la petite Angel devient Angel la snobe, un écrivain prodige à l’ascension fulgurante. Un soir, lors de la promotion de son premier livre, elle fait la connaissance d’Esmé, peintre déchu dont la vision de l’Art est dépréciée. Il peint du sombre, de la fumée, une Londres engluée dans un univers fuligineux. Dans un élan sentimental elle le prie de faire un portrait d’elle. Mauvais peintre aux yeux du monde (l’expression me dérange car le beau est subjectif), il est cependant très bon coureur de jupons. Le temps passe, le portrait s’achève. « Something misses… Is it love ? » lui demandera innocemment Esmé… Le mariage… Le simulacre de bonheur…
Seulement, le film n’a débuté que depuis une demi-heure et dure 2 heures et 14 minutes… La chute aura donc tout son temps… Moment d’hésitation intense de ma part… Faut-il partir afin de conserver cette image de doux bonheur ? Choisir de perdurer dans l’illusion… Non, c’est en voyant tomber les autres que l’on apprend comme l’on le dit dans notre langage rapace de bacheliers… Alors, je suis restée (faut dire aussi que sinon, tu serais parti fumer et ce n’est pas bon pour ta santé très cher). Bref, alors, on assiste lentement à la décadence, la déchéance, le délabrement du corps et de l’esprit. On quitte notre siège sur un monceau de ruines dont on ne peut s’empêcher cependant d’admirer la beauté.
Rencontre
Un écrivain faisant la promotion de son livre... De la poésie... Il me le tend, je le parcours et lui s'écrit: "Mon Dieu, on lit votre passion pour la littérature sur votre visage!"... Mmmm...
lundi 11 juin 2007
Mademoiselle Liberté, Alexandre Jardin
Mademoiselle Liberté,
"Aurait-il la vulgarité de ne pas la faire rire tous les jours?"
[Alexandre Jardin]
Sujet : Que vaut l’opposition du travail manuel et du travail intellectuel ?
Rousseau a écrit que l’Homme, à l’état de nature n’est autre qu’un « animal stupide et borné », agissant uniquement pour son mieux être personnel. Puis l’Homme a été « dénaturalisé » et humanisé par son entrée en société. Il a appris à intégrer un groupe, joindre ses efforts à ceux des autres dans un but commun : celui de vivre au mieux. Et l’on put assister, comme on le peut encore de nos jours, à l’alacrité avec laquelle les Hommes s’accordèrent. Cette société d’égalité des chances, de liberté, certains la pensèrent, d’autres la façonnèrent par la sueur de leur front. Et dans ce combat naissait la notion de travil. Travail intellectuel réservé aux « maîtres » comme l’affirmait Aristote ? Travail manuel, donne des esclaves athéniens ? La distinction longtemps entretenue entre « travail intellectuel » et « travail manuel » ne peut-elle pas avec le temps et le progrès laisser place à une relation d’interdépendance ?
Dans un premier temps, nous étudierons les facteurs visant à la disjonction entre ces deux notions. Dans un second temps, nous constaterons cependant que le travail intellectuel est souvent à même de rejoindre le travail manuel et vice-versa. Enfin, nous achèverons sur le fait que, tel qu’il soit, le travail sait être libérateur et affirmation de soi.
La société athénienne du V ème siècle avant Jésus-Christ, première démocratie, est particulièrement définitoire d’une opposition entre travail manuel et travail intellectuel. Commençons par le travail manuel, Aristote le disait réservé aux esclaves car il le trouvait éreintant et dégradant. A contrario, le travail intellectuel, travail de l’esprit, n’était accordé qu’aux maîtres, libérés de toute tâche manuelle, ils exerçaient à loisir leurs pensées philosophiques à l’Agora ou autres places publiques. Plus qu’une distinction entre deux termes, à savoir « travail manuel » et « travail intellectuel », c’était un combat entre deux classes, le « classe dominante », les « maîtres », et la « classe dominée », les « esclaves ». l’opposition était palpable.
Mais se référer au V ème siècle est remonter bien loin pour cette tension. L’on pourrait croire que cette vision binaire du travail aurait évolué avec le temps, après tout, nous sommes bien passés du commerce d’Hommes au commerce d’informations ! La vision communiste telle que l’avait Marx et Engels nous montre que non, le travail manuel était bien à opposer au travail intellectuel, et toujours ce conflit de classes… En parlant du prolétariat, Marx s’écriait « La liberté commence là où le travail [manuel] prend fin ! ». Ceci pendant que la classe dominante se régalait de petits plaisirs intellectuels tout en entretenant leur « luxe bourgeois ».
Les témoignages historiques sont donc en accord sur cette opposition entre « travail manuel » et « travail intellectuel ». Mais ce n’est pas tout. Assez paradoxalement, il se trouve que le progrès technique s’engagea aussi dans cette direction. Années 1950, le progrès de la technique, l’amélioration des machines sont saisissants. L’industrie automobile est bien engrenée. Dans ces conditions naissait le Taylorisme, réduisant ainsi l’Homme à n’être que le maillon d’une chaîne. Répétant inlassablement les mêmes gestes mécaniques, le travailleur devenait oublieux de sa propre personne. Travail manuel en usine égal à perte d’identité ? Pourtant avant d’être réalisée manuellement, cette « machinerie » avait bien dû être pensée, donc découlerait d’un travail intellectuel…
Il semblerait donc bien que l’opposition entre travail manuel et travail intellectuel ait un poids. « A quoi bon les poètes » lorsque d’autres Hommes montent des immeubles ? Mais cela serait une vision bien simpliste que d’oublier que l’un va difficilement sans l’autre. Quelle corrélation peut s’installer entre travail manuel et travail intellectuel ?
« La différence entre le plus mauvais des architectes et la meilleurs des abeilles est que, chez l’architecte, la moindre cellule est d’abord née dans son esprit. »
Le projet est, à n’en point douter, ce qui vient instinctivement à l’esprit lorsque l’on cherche à rapprocher le travail manuel au travail intellectuel. En effet, chaque projet, chaque atome d’un projet est pensé avant d’être concrétisé. On pourrait prendre bien des cas, comme celui de cet architecte, de cet ingénieur, de ces mathématiciens, qui calculent, simulent avant de mettre en place, ou de faire mettre en place. La relation entre le travailleur intellectuel (celui qui pense le projet) et le travailleur manuel (celui qui concrétise le projet) est du domaine de l’association donc de l’interdépendance, l’un ne va pas sans l’autre.
De même dans l’autre sens, le travail manuel implique aussi le travail intellectuel. Résumer le progrès au Taylorisme serait bien réducteur une fois de plus. En effet, c’est de l’observation des conditions de travail qu’est née la technique et son amélioration. Outre les écarts du Taylorisme, la constatation d’un travail manuel difficile supposera un travail intellectuel à effectuer afin de palier à ces déviances. Le travail manuel et intellectuel forment une véritable chaîne et, pour la comparaison, tout comme les roues d’un tank, leur permet d’avancer. Le progrès passe par la correction des imperfections.
Et l’on pourrait aller encore plus loin dans la relation d’interdépendance entre travail manuel et travail intellectuel en affirmant qu’ils peuvent cohabiter et vivre en parfaite osmose. Pour cela un domaine : celui de l’Art. Ou, quand le travail devient art. L’artisan tenait un rôle important les siècles passés, on pourra notamment penser au XIII ème siècle, le Moyen-âge, ses cavaleries et les fabricants d’épées. Soit la pensée de l’objet et sa concrétisation du début à la fin. Mais il est vrai que de nos jours, l’on ne se bat plus à l’épée et que la dernière mode n’inclut plus la dague à la ceinture. L’artisanat n’a, certes pas disparu, mais il a été largement remplacé par l’industrie de masse, plus rentable. Et pourtant, l’artisan est le parfait modèle du travailleur intellectuel et manuel à la fois. En ce sens, les pays en regain du progrès ont mieux conservé l’art du « travail double » que les pays plus industrialisés.
Mais par Art, il faut aussi entendre « artiste ». L’artiste lui, est « en vogue », il pense et il crée. Il est ce « travailleur double », cette passerelle entre le travail manuel et le travailleur intellectuel. Il l’illustre aujourd’hui et l’illustrera toujours. On a besoin de l’artiste, ce peintre pensant un paysage et le mettant en couleur, cet auteur pensant une pièce et la faisant jouer. Il est universel et avec lui l’interdépendance, la corrélation entre travail manuel et intellectuel.
En résumé, l’opposition entre travail manuel et travail intellectuel peut facilement être dépassée. Des illustrations historiques l’on passe à la fougue de l’artiste où le travail manuel et le travail intellectuel vivent en parfaite osmose. Qu’apporte ce dépassement à l’individu en tant que tel ?
« L’opprimé se libère par son travail » écrivait Sartre. Sous cette hypothèse, le travail serait donc libérateur, une porte sur la liberté. Illustrons ces dires.
Revenons-en à Aristote et son « esclavagisme », avançons dans le temps grâce à Rousseau « L’Homme est né libre et partout il est dans les fers ». Ainsi par le travail, l’esclave pourra se libérer. De même qu’au XVIII ème siècle, par leur travail intellectuel, ceux que l’on appelle joyeusement les « philosophes des Lumières » ont lutté contre l’Obscurantisme. Travail intellectuel vu comme libérateur de théories infondées (dogmes religieux). Le travail quel qu’il soit est donc libérateur dans le sens où il est contre l’oppression (idem pour les grèves assez paradoxalement). De plus, on notera que le travail rémunéré offre la possibilité des loisirs, donc de choix.
Et le travail est aussi affirmation de soi. Reprenons notre artiste en vogue. Il ne se soucie pas. « Le beau est toujours surprenant » disait Baudelaire. Alors l’artiste avance, à travers ses œuvres c’est lui que l’on découvre. Il se livre à nous, il se donne à son travail qui n’en parait plus un par son absence de contrainte. Quoi de comparable au plaisir de l’écrivain, du peintre, du sculpteur signant leurs œuvres ? Chaque œuvre est personnelle, l’œuvre est l’artiste, le travail est rendu sien. Le gain de rapprocher « travail manuel » et « travail intellectuel » est que l’on y gagne l’affirmation de soi, de son identité, de la preuve de son existence.
En conclusion, l’opposition du travail manuel et du travail intellectuel ne vaut que lorsque la liberté de l’individu est aliénée. Les prémices de la société actuelle (régime démocratique) supposant la liberté et l’égalité entre les Hommes, le travail manuel et intellectuel sont en réalité à associer. Comme le disait Jouvenelle, le travail, quel qu’il soit doit avant tout être vu comme libérateur et affirmation de soi.
Appréciation du correcteur : 19/20 « Excellent travail ! Je vous félicite. Petit bémol : citez vos références précisément. »
Voilà, alors, si cela peut vous aider pour vos dissertations...














